Teddy Goldsmith Ecrivain, philosophe, l'un des grands penseurs de l'écologie
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Small photograph of Teddy Goldsmith by Oliver Tickell. Licenced for general reproduction with attribution and link / reference to this website.

Les Maladies des Arbres

Publié dans Sud-Ouest Nature, nº33, septembre 1980.

Comment vont-elles évoluer ? Quelle est la cause des épidémies qui actuellement déciment les arbres ? Les facteurs impliqués sont étroitement liés au développement industriel et le seul espoir de survie est la désindustrialisation.

Traduction de P. Motard.
Conseil technique de M. Boulbriat.

Les arbres sont menacés d'extinction. Ceux qui survivent à la hache du bûcheron et au bulldozer du promoteur sont terrassés ou menacés par un nombre croissant d'épidémies. Au début de ce siècle, le châtaigner d'Amérique qui, jadis, couvrait 25 % de l'espace boisé de la moitié Est des Etats-Unis, a été attaqué par un champignon, Maladie de l'encre (Endothis parasitica). Il a pratiquement disparu du paysage. Le dommage est considérable. Entre autres choses, son bois était très prisé pour la beauté de son grain et sa résistance à la pourriture sèche. On estime les pertes à quelques 5 millions de m3.

Le bois contenait du tanin utilisé pour la fabrication du cuir. L'industrie de l'extraction du tanin est maintenant en faillite. Le châtaignier était un abri pour d'immenses colonies d'écureuils et de daims qui se nourissaient des châtaignes et aussi pour des troupeaux de dindons sauvages. Ces animaux ont été décimés. En outre, le parasite a traversé l'Atlantique et est actuellement en train d'effacer de la carte des bois de châtaigniers d'Europe en Italie du Sud. On estimait les pertes, il y a dix ans, à 1 000 millions de dollars [Carefoot et Sprott, 1967]. Mais l'argent est-il le bon critère d'appréciation pour estimer une telle perte ?

En 1930, des forêts qui hébergeaient 1 000 millions d'ormes américains ont été touchées par le graphiose de l'orme (Ceratocystis ulmi, Graphicum ulmi) qui s'est propagée depuis la Côte Atlantique le long du Saint-Laurent, autour des Grands Lacs, dans le Maine, jusqu'au Minnesota. Quarante ans plus tard il ne reste plus que quelques survivants. Quelques 500 millions d'autres ormes sur des terres arables, le long des routes de campagne et des rues en ville, ont été détruits.

Il y a douze ans, les dommages ont été estimés à 50 000 millions de dollars - dont 12 000 millions pour l'abattage des arbres morts et l'élimination par le feu pour détruire le champignon, 3 000 millions pour replanter des arbres immunisés, et 250 millions par an pour traiter par injection de produits chimiques les arbres d'agrément.

Dans les années 40, ce fut le tour des chênes, dont on estimait le nombre en Amérique à 12 000 millions appartenant à 35 espèces différentes. La maladie a été déclenchée par un champignon provoquant la pourriture de l'aubier, inoculé dans les plaies pratiquées dans l'écorce, pour la plupart par un coléoptère xylophage de l'écorce du chêne (Scolyte). La maladie se répand encore à la vitesse de 80 km par an. Elle n'est pas aussi fatale que la maladie de l'orme ou celle du châtaignier, mais elle décime cependant des bois de chênes sur de vastes secteurs.

Les dommages sont énormes - les forêts de chênes en Amérique représentaient entre autres choses, environ 500 000 m3 de bois de construction. Au prix très modeste de 12 dollars le m3, cela représente 6 millions de dollars, et au prix d'aujourd'hui, jusqu'à peut-être 20 millions de dollars. Mais cela n'est rien en comparaison des dommages subis du point de vue biologique et écologique, sans parler du point de vue esthétique, dus à la destruction des chênes d'Amérique.

Le frêne sera-t-il le seul survivant ?

Je viens de mentionner les trois épidémies qui ont attiré le plus l'attention publique, mais elles ne sont, en aucune façon, les seules à s'être déclarées. Par exemple, une maladie de l'érable s'est propagée vers le Sud, à partir de la Nouvelle-Ecosse. Un champignon, associé à une espèce de cochenille arboricole, s'est attaqué au sapin (du Canada), au pin rouge (Pinus resinosa) et au hêtre en Nouvelle-Angleterre et menace de se propager à travers la plus grande partie de l'Amérique et peut-être même en Grande-Bretagne.

Un autre champignon (Ceratocystis ulmi) tue les platanes dans le sud de la France, alors qu'un autre (Coryneum cardinale) tue les cyprès en Italie du Sud et du Centre. En Californie, le cyprès de Monterey est en danger. Dans le Sud-Ouest de l'Australie, une maladie particulièrement virulente est en train de détruire de vastes espaces de forêts d'eucalyptus. En Nouvelle-Zélande, les saules meurent et en Jamaïque et Floride les cocotiers si précieux dont dépendent pour leur subsistance des dizaines de millions de personnes sont détruits par la maladie jaune (ou Maladie de Bayond (Fusarium sp.)) qui maintenant se propage en direction des îles voisines.

En Grande-Bretagne la campagne est parasemée d'ormes morts ou moribonds, nos hêtres semblent être touchés par une maladie non encore identifiée qui pourrait avoir un lien avec la maladie des hêtres de Nouvelle-Angleterre, alors que les sycomores dans certains secteurs souffrent du chancre de l'écorce.

Ormes, hêtres, sycomores, chênes et frênes constituent la quasi-totalité des arbres de grande taille à feuilles caduques de Grande-Bretagne. Si les premiers de la série sont déjà quasiment éliminés et les seconds et troisièmes touchés - sans que nul ne puisse en prévoir les conséquences - l'avenir est plutôt sinistre. Si la maladie du chêne traversait l'Atlantique, il ne nous resterait que le frêne - perspective vraiment terrifiante.

On minimise le problème

Les forestiers et les spécialistes en pathologie végétale sont tentés de minimiser les épidémies actuelles. Ils se plaisent à penser que les choses n'ont pas beaucoup changé. Cela les conduit à l'idée rassurante que tout ce qu'ils ont appris à l'Université est encore valable et qu'il n' y a nul besoin d'apporter un changement radical dans les attitudes et les pratiques actuelles de la sylviculture. Même le Dr Burdekin, le spécialiste en pathologie végétale de la Commission de sylviculture de la Grande-Bretagne (Forestry Commission), essaie de transmettre cette impression au public.

Dans un article du Times, il cite une lettre parue en juin 1977, dont l'auteur se lamentait de la disparition des ormes du paysage de Grande-Bretagne et montrait que des sentiments analogues avaient été exprimés 40 ans plus tôt, dans une lettre au Times également. Cette citation avait pour but de justifier sa conclusion qu' « il n'y a pas de véritable changement ». C'est en fait le contraire qui est vrai. Les temps ont changé et même de façon dramatique de ce point de vue, et la question que nous devons nous poser aujourd'hui est celle de savoir si nos arbres survivront à ce changement.


La maladie de l'arbre

C'est l'objet de cet article que d'essayer de répondre à cette question. Pour ce faire, il nous faut obligatoirement passer en revue les maladies les plus importantes dont les arbres sont atteints aujourd'hui. Mais je me propose d'aller un peu plus loin. Les maladies des arbres ne sont que des exemples de maladies en général et doivent être soumises aux mêmes principes. Donc c'est le terme « maladie » lui-même que nous devons considérer.

Il y a aujourd'hui deux approches opposées de l'étude de la maladie. La première est l'approche technologique. Une maladie est empiriquement associée à un parasite. Le parasite est considéré comme la cause de le maladie, qui, pense-t-on, ne peut être guérie que par l'élimination du parasite. La deuxième approche est l'approche écologique que j'étudierai plus tard.

L'approche technologique est très commode puisqu'elle fournit des données rationnelles qui nous permettent de nous complaire dans ce pour quoi notre société est organiseée et motivée - en l'occurrence, des entreprises économiques sous la forme de programmes de pulvérisation qui contribuent au PNB (Produit National Brut) et offrent des bourses de recherche aux scientifiques, des primes au développement aux technologues, des bénéfices aux industriels, des dividendes aux actionnaires et des emplois à tous - cette approche apporte aussi les résultats rapides qu'exige une société si peu concernée par les conséquences à moyen en long terme.

La pulvérisation continue

Une pulvérisation systématique est naturellement dangereuse dans la mesure où ses effets sur les colonies d'insectes, les différentes espèces de champignons et de micro-organismes qui vivent sur le sol de la forêt, ne peuvent être prévus avec précision. Même si c'était le cas, cela ne serait pas nécessairement d'un grand secours, car les fonctions écologique exactes de ces différentes espèces dans le maintien de la fertilité du sol et leur contribution à la santé des arbres et des écosystèmes en général sont méconnues. Ce que l'on sait, c'est que ces espèces seront vraiment touchées [Kuhnelt, 1976]. Certaines se développeront, d'autres décroîtront.

Comme les pesticides s'accumuleront tout au long de la chaîne alimentaire, ceux qui sont au sommet, c'est-à-dire les prédateurs, seront les plus sérieusement touchés, et les prédateurs sont ceux qui, il ne faut pas l'oublier, sont responsables, dans des conditions naturelles, de la régulation de la population des expèces-hôtes. Un grand nombre de micro-organismes vivent dans les racines de l'arbre, en symbiose avec lui, contribuant de manières subtiles et variées à le maintenir en bonne santé de façon durable. Ces micro-organismes aussi peuvent être affectés.

D'autre part, les insectes et les micro-organismes offrent très vite une résistance de plus en plus nette aux poisons chimiques. Des centaines d'espèces d'insectes résistent déjà au DDT et autres pesticides. De toute façon, les insecticides ne peuvent éliminer une épidémie que s'ils exterminent la totalité des parasites responsables de celle-ci. Mais ils n'arrivent en fait qu'à diminuer le nombre de parasites ravageurs, en tuant au plus 80 à 90 %. Il en résulte que les survivants, qui ont alors d'importantes provisions alimentaires, tendent à proliférer.

De plus, les pesticides vont donner naissance à une nouvelle espèce qui, descendant des survivants, a de grandes chances de résister aux produits chimiques utilisés, et donc d'être plus résistante et difficile à éliminer. Très souvent, le pathologiste végétale, confronté à une telle situation, ne fait que prescrire une pulvérisation accrue qui ne peut que conduire à un nouvel accroissement de la résistance au produit utilisé et naturellement, à une détérioration biologique et écologique accrue.

C'est pourquoi les tentatives pour maîtriser les maladies des plantes les plus importantes, par pulvérisation à grande échelle, se sont presque toutes soldées par un échec. En outre, sauf pour les cas les plus graves, l'épidémie, si l'on n'était pas intervenu, serait morte de sa belle mort. Par des moyens naturels, on aurait réussi à rétablir l'équilibre écologique, comme les exemples suivants le montrent.

Les sapins Douglas et l'Orgye

Dans des conditions normales, cet insecte n'est quasiment jamais responsable d'une défoliation importante. Cependant, quelquefois, pour des raisons climatiques probablement, la population des insectes d'un certain secteur peut connaître une croissance galopante et causer des dégâts considérables aux feuilles. 25 à 30 % des arbres peuvent mourir en 3 ans. La plupart cependant, meurent d'une cause liée indirectement à la défoliation et sont en fait les victimes des insectes scolytes et autres envahisseurs. Ce qui est particulièrement important, c'est que les épidémies de phalènes ne durent habituellement que trois ans - après quoi la population entière entre en phase de régression, victime de ses ennemis naturels, en particulier le virus polyhedrosis.

Depuis 25 ans, la tendance est à la pulvérisation de la forêt malade. On n'a pas de preuves de l'efficacité du remède. Une étude menée par les services forestiers aux USA, par exemple, a conclu que « des comparaisons limitées en Californie de deux secteurs traités chimiquement avec deux secteurs non traités n'ont montré aucune différence significative quant à la mortalité globale ». Dans les deux cas, l'infection virale semble être la cause principale de la diminution du nombre des orgyes. Un autre rapport [S.G. Hermann, 1973] montre que 99.9% des orgyes, lors de l'épidémie de Blue Mountain en 1972, étaient morts avant la fin de l'année suivante de cause naturelle - le virus polyhedrosis étant le principal responsable.

Le zigzag (ou la spongieuse)

Il se nourrit de feuilles de chêne, et lorsque sa population explose, il peut être la cause d'une défoliation importante. Cependant, ces explosions ne durent guère. « Deux ans de défoliation sont d'habitude suivis par une chute du nombre avec dispersion, maladie et parasitisme, qui tous contribuent à la diminution très importante de nombre des zigzags » [Hinckley, 1972].

Les arbres touchés sont souvent sans feuilles vers la fin juin, mais les feuilles peuvent repousser en juillet et août. Des branches des plus vieux arbres meurent parfois, mais les arbres à feuilles caduques de sous-bois sont ceux qui ont tendance à dépérir. Comme Hinckley le fait remarquer,

« si ce processus se poursuit suffisamment longtemps, une forêt différente apparaît, qui n'est pas moins intéressante et qui est plus en équilibre avec le zigzag. Il aurait fallu que les exploitants consentent à une perte de production et aient la patience d'attendre que la forêt guérisse. Malheureusement, ils n'ont pas cette patience et s'obstinent à pulvériser. »

Jusqu'en 1961, le DDT a été utilisé massivement en Nouvelle-Angleterre et dans l'Etat de New-York - les chenilles ont été tuées en mai et on a évité beaucoup de pertes. Les programmes de pulvérisation n'ont eu que peu d'effet sur la dynamique du développement du zigzag.

Hinckley pense que les conditions climatiques sont plus importantes que tout autre chose dans la détermination du développement et la diminution du nombre des zigzags.

Plus récemment on a remplacé le DDT, maintenant interdit aux USA, par le Sevin (Carbaryl). Il se décompose au contact de l'eau. Mais pour qu'il soit efficace il faut l'appliquer à un moment bien déterminé, juste après que la majorité des chenilles ait commencé à se nourrir et avant que le feuillage ne soit formé. A cause de difficultés micro-climatiques, il est impossible d'appliquer le Sevin avec une telle précision sur de grands secteurs, et en conséquence le pesticide ne fait que diminuer le nombre des chenilles et prolonger la nymphose par suite d'une lutte pour la nourriture moins acharnée - et donc prolonger l'épidémie. [Doane 1968]

En outre, ce pesticide va tuer aussi de nombreux insectes, mouches et hyménoptères parasites qui sont les prédateurs naturels du zigzag. [Kamram 1971] Il va aussi tuer les abeilles, d'où une baisse de la pollinisation et de la production de nourriture.

Le ver du bourgeon de l'épicéa

Le ver du bourgeon attaque les forêts d'épicéas canadiens. On l'a combattu par des pulvérisations (mai 1978). En 1952, on a traité 80 000 hectares de forêts dans le New Brunswick. Cela a eu pour effet principal d'augmenter la superficie touchée et de rendre plus nécessaire encore de nouvelles campagnes de pulvérisation. En 1963, 25 % des terres de la province étaient touchées, mais en 1973, après 20 années de pulvérisation, le chiffre atteignait 90 %. En 1976, 3,8 millions d'hectares de forêt ont dus être traités.

En fin de compte, le DDT a été abandonné au profit d'un organo-phosphate, le fenitrothion, sans plus de succès. Comme l'écrit E. May,

« l'extermination d'une forte proportion de vers du bourgeon (environ 85 %) a été considérée comme une réussite mais elle a laissé à la population survivante une nourriture abondante. Le manque de nourriture n'a plus été un obstacle au développement. Les effets mortels du DDT et du fenitrothion sur les oiseaux, les petits insectes, les araignées et les hyménoptères qui se nourrissent de vers du bourgeon a fait disparaître un autre frein. Le seul moyen restant de contenir une multiplication illimitée a été la pulvérisation de produits chimiques par avion - cela même qui avait permis à l'infestation de continuer à s'étendre. »

Le New Brunswick, où l'on avait provoqué cette épidémie sans fin, a constitué un foyer d'infestation pour d'autres régions ; le Québec et le Maine ont été contraints de pulvériser à leur tour [Robert Paelhke 1978].

Les dommages biologiques et écologiques de toutes ces pulvérisations ont été naturellement immenses. Entre autres choses, elles ont causé l'apparition d'une maladie appelée syndrome de Reye - inconnue avant les années 50 - qui provoque des lésions au foie et au cerveau, et qui est souvent mortelle, affectant surtout les jeunes ruraux.

Récemment, l'Ile du Prince Edouard a décidé de ne plus pratiquer la pulvérisation et de replanter des espèces plus variées, plus résistantes, pour remplacer les épicéas moribonds. Toutefois, comme le signale Paelhke,

« dans toutes les provinces où la sylviculture était le fait de grosses entreprises, celles-ci pratiquaient les pulvérisations et les défendaient âprement. Leur manque de considération pour tout ce qui n'était pas rendement maximum à court terme est vraiment scandaleux. » [Paelhke, 1971]

En Nouvelle-Ecosse où il n'y avait pas eu de pulvérisations, l'infestation s'est arrêtée d'elle-même, et lorsque les Industries Forestières (NSFI) de Nouvelle-Ecosse sollicitèrent la permission de pulvériser du fenitrothion sur 40 000 hectares de forêt du Cap Breton, le Secrétaire d'Etat aux Eaux et Forêts de Nouvelle-Ecosse a écarté la demande, alléguant que

« les vers avaient déjà atteint le Cap Breton mais avaient disparu d'eux-mêmes... Nous pensons qu'il vaut beaucoup mieux d'un point de vue forestier subir nos pertes maintenant, plutôt que de pulvériser et prolonger l'inévitable, comme l'a fait le New Brunswick. Après 25 années de pulvérisation, les forêts du New Brunswick ne suscitent certes pas l'envie de tous ceux qui se soucient d'une gestion forestière convenable. »

Echec des pulvérisations

Il y a eu aussi des essais d'utilisation d'insecticides dans la lutte contre la graphiose de l'orme (Graphicum ulmi, Ceratocystis ulmi) aux Etats-Unis. Leur utilisation, pour citer Frank Graham Jr., fournit aux savants

« une des classiques histoires d'épouvante ayant trait à l'environnement. D'énormes quantités d'insecticides à effet prolongé ont été répandues sur les cités et les villes américaines. Les rouges-gorges, après avoir avalé des vers qui s'étaient précédemment nourris de feuilles contaminées, sont morts en nombre incalculable. Les égouts ont transporté les résidus de DDT des rues des villes dans les fleuves et les lacs, où la destruction s'est amplifiée. Cependant, malgré le coût élevé et les effets sur l'environnement, les villes ont perdu leurs ormes et la maladie s'est propagée dans d'autres régions. »

Les tentatives qui ont été faites pour sauver les arbres affectés par des maladies, en leur injectant des produits chimiques, ont été un échec total. Les efforts entrepris pour traiter ainsi les arbres atteints de la maladie de l'encre du châtaigner ou de la graphiose de l'orme n'ont abouti à rien. En premier lieu, le coût en est beaucoup trop élevé, ce qui signifie que la méthode peut être seulement utilisée pour sauver quelques arbres d'ornement autour des bâtiments publics, par exemple, ou dans des jardins privés. Quoi qu'il en soit, l'accoutumance au produit chimique se crée rapidement.

Selon William B. Ennis, du Centre de Recherches Agricoles, les efforts pour traîter par injection les palmiers menacés de la maladie mortelle du bayond (Fusarium sp.) peuvent freiner les progrès de la maladie, sans plus ; l'arbre ne peut être guéri et finit par mourir.

Malheureusement, les experts ne tirent jamais les leçons de leurs erreurs, surtout parce qu'ils ne le veulent pas. Malgré l'échec quasi général des campagnes de pulvérisation, ces dernières demeurent l'arme principale de l'arsenal utilisé par les phytopathologistes.

Dans ce pays, l'Office des Forêts a lancé ce qui a été, selon ses propres termes, « la plus grande opération aérienne de pulvérisation qu'il a jamais réalisée » [communiqué de presse du 2.6.78]. 4 800 hectares de plantations de pins sylvestres infestés de larves de phalènes (Panolis flammea) ont été aspergés de fenitrothion, le pesticide même utilisé sans succès dans le New Brunswick et ailleurs.

Note - Dans le Nº de juillet/août de 1978 de The Ecologist nous avions noté qu'on utilisait ce produit toxique complètement discrédité au Canada. Nous avons reçu une lettre indignée de C. G. Stewart, de l'Office de Forêts, qui affirmait que le fenitrothion « n'est pas toxique ». Il tirait argument du fait que
« le fenitrothion est inscrit sur la liste des produits dont l'emploi est autorisé pour la protection de nombreuses cultures vivrières par les agriculteurs et les éleveurs selon le Plan d'homologation des produits chimiques d'usage agricole [the Agricultural Chemicals Approval Scheme]. Avant que l'autorisation nécessaire à son aplication aux forêts britanniques ne soit accordée, tous les aspects du problème ont été soumis à l'examen attentif, conformément aux dispositions du Plan de sécurité d'utilisation des pesticides, du Comité consultatif ad-hoc qui a donné tous apaisements sur la sécurité de son emploi. »

Inutile de dire que les poisons utilisés en agriculture et sylviculture, dont on a révélé de nos jours le caractère cancérigène et mutagène et qui par la suite ont été partiellement ou totalement interdits, furent aussi en leur temps approuvés et contrôlés par les services officiels compétents. Au Royaume-Uni, par exemple, des cancérigènes connus, tels le 2,4,5-T sont encore utilisés - et ceci jette quelque doute sur les assurances fournies par M. Stewart. En tout cas, il ne donne pas ses raisons de croire que cette campagne sera efficace. A la longue, pour des raisons théoriques et empiriques, elle ne peut l'être. Les seuls bénéfices réels iront aux compagnies de produits chimiques et aux experts à leur solde.


Santé et stabilité : une approche écologique

Nous avons vu que l'approche technologique des maladies des arbres ne mène à rien. Si le parasite était la seule cause de la maladie, le problème n'aurait pas de solution, car une fois le parasite installé, nous n'arrivons jamais à l'éliminer. Par bonheur, le parasite est seulement la cause de la maladie au sens le plus restreint de terme. Le problème est beaucoup plus complexe et ne peut-être compris en fonction des simples relations de cause à effet qu'affectionnent tant nos philosophes empiristes au jugement erroné.

Pour comprendre la cause réelle de la maladie, nous devons examiner de beaucoup plus près le problème de la maladie en général, et nous ne pouvons le faire avant d'avoir expliqué ce qu'est la « santé » - dont la maladie ne représente rien d'autre qu'une sorte de déviation. Le terme s'applique normalement aux seuls organismes biologiques. Toutefois, un organisme biologique n'est qu'un exemple parmi d'autres de système naturel.

Si le mot « santé » est un terme de base, comme « régulation, stabilité, ordre, » etc., alors nous devrions pouvoir l'appliquer aussi aux écosystèmes, aux systèmes sociaux, etc... Si un système est en bonne santé, cela ne peut que signifier qu'il est stable, c'est-à-dire, qu'il fonctionne bien. Cet état de santé ne peut être instauré qui si l'on sait vers quoi tend le système. Depuis que nous savons qu'il est obtenu grâce à la stabilité, à la continuité ou « homéorhésis », pour employer le terme de C. H. Waddington [Waddington 1957], on peut considérer qu'un système fonctionne bien dans la mesure où il atteint son but. En d'autres termes, santé et stabilité sont équivalentes.

Un système naturel est organisé de manière hiérarchique, c'est-à-dire constitué de sous-systèmes et de sous-sous-systèmes. Pour maintenir sa structure, ceux-ci doivent tous remplir les fonctions qui leur sont assignées et donc coopérer en vue d'atteindre un but commun. Ceux qui ne le font pas et ont donc cessé d'être viables risquent d'être éliminés par la sélection naturelle. De cette manière, le « bruit », le « hasard » ou l'« entropie » sont réduits au minimum, l'organisation ou négentropie (entropie négative) sont maximisées et la viabilité d'un système, et partant, son adaptabilité, sa stabilité ou sa santé le sont elles aussi.

Dans une société stable, la maladie n'est en fait qu'un moyen de sélection naturelle, ce qui explique pourquoi elle élimine surtout les faibles et les êtres maladifs. Elle ne fait pas disparaître les individus bien-portants, parce que ce n'est pas sa fonction de le faire, encore moins d'exterminer des populations entières d'organismes sains. La nature a précisément pour stratégie d'éviter de telles solutions extrêmes. Parvenir à la stabilité signifie exactement ceci : réduire au minimum les discontinuités de ce genre.

Il s'ensuit que les épidémies ne se déclenchent pas plus souvent dans des écosystèmes stables que ne le font d'autres discontinuités importantes comme les sécheresses à grande échelle, les inondations ou les massacres. Leur apparition est le signe que quelque chose ne va pas, que le système a cessé d'être stable, qu'un dérèglement grave s'est produit.

Le fond du problème

Une maladie grave est donc un phénomène plus complexe qu'on ne le pense généralement et ne peut être simplement imputée à l'action du parasite ou du microbe pathogène qui semble l'avoir provoquée. Selon Day,

« il est d'usage de parler sans rigueur des maladies parasitaires, car on suppose que le parasite est le seul facteur qui mérite notre attention alors que d'autres facteurs peuvent être encore plus nécessaires à la production de l'état pathologique. Conséquence regrettable, on tend à négliger des causes fondamentales et à concentrer son attention sur les facteurs du problème qui sautent aux yeux, même si leur importance est secondaire. » [W. R. Day 1929]

Les causes fondamentales sont souvent celles qui réduisent la résistance des arbres à l'invasion des parasites. Cet affaiblissement de leur résistance doit être considéré comme un véritable affection - malheureusement pas toujours visible. Il importe de la détecter avant que d'autres affections ne se combinent pour provoquer des ravages parmi les arbres. Keller a introduit la distinction entre une affection « visible » et une affection « latente » ou cachée. Comme l'écrit Keller,

« le sylviculteur dans les pays industrialisés ne devrait pas attendre que les affections apparaissent (affection aigüe ou chronique) et que surviennent les pertes économiques. Il devrait envisager la situation longtemps à l'avance et reconnaître (et démontrer) l'existence d'un danger latent pour les forêts dès que les arbres donnent des signes de faiblesse et longtemps avant qu'ils ne présentent des symptômes visibles ou même meurent. » [Keller 1976]

C'est précisément le refus de reconnaître l'existence d'une affection « cachée » et l'apparition d'une affection visible comme seul critère de la réaction d'une plante à la pollution de l'air qui a conduit à des conclusions erronées du genre :« une concentration de 0,2 ppm de SO2 est tolérée durant plusieurs semaines, même par de jeunes conifères ». [Zahn 1969] Une telle conclusion ne serait justifiée que s'il existait un seuil au-dessous duquel la pollution ne causerait aucun dommage biologique - un tel seuil n'existe évidemment pas.

Keller suggère que le taux de photosynthèse pourrait être un indicateur utile d'une affection cachée dans le cas des arbres. La photosynthèse est un processus primaire de prodution de bois. La respiration aussi en dépend, parce qu'elle utilise des substances produites par ce processus. Puisque la photosynthèse est très sensible à toue modification des facteurs environnementaux, c'est un bon indicateur de la réaction d'une plante à la pollution atmosphérique.

En réalité, ce sont naturellement ces facteurs - ceux qui ont causé les affections invisibles et par là même ont réduit la résistance de l'arbre - qui sont la cause réelle de la maladie. Car s'ils étaient inopérants, le parasite serait relativement inoffensif. Day arrive à la même conclusion :

« Si un parasite indigène dépend, pour que le parasitisme se développe pleinement, d'un état pathologique qui existerait déjà chez son hôte, il nous faut connaître la nature de cet état et ce qui l'a fait apparaître. Car le facteur à l'origine de cet état est la cause réelle et devrait être désigné comme tel. » [Day, 1929]

On pourrait ajouter, dans le cas d'une importation de parasite exotique, que l'importation en elle-même peut seulement être considérée comme symptôme de la maladie qu'elle est susceptible de provoquer. Le vrai mal est clairement la mondialisation du commerce des produits forestiers qui conduit à une telle situation.

Pour que la biosphère soit stable, elle doit être composée d'écosystèmes d'un grande diversité. Maintenir cette diversité signifie les maintenir relativement isolés les uns des autres, chacun dans le territoire où il s'est développé en tant que réponse appropriée à un ensemble de conditions spécifiques. Si les conditions ne sont plus favorables à cet isolement et si la mobilité est telle que les composants de ces écosystèmes sont simplement brassés comme les cartes d'un jeu, la complexi té biosphérique ne peut qu'être perturbée et la stabilité considérablement réduite.

Les experts cultivent l'attentisme

Considérez la réponse suivante d'un phytopathologiste professionnel à une question sur les causes profondes d'une épidémie qui touchait spécifiquement les arbres de la région où il vivait :

« Je partage votre souci concernant l'apparente dégradation rapide des composants végétaux des écosystèmes dans de nombreuses parties du monde. Au plan philosophique, je crois raisonnable d'émettre l'hypothèse que nombre de nos problèmes sont la conséquence du désir qu'a la société moderne d'imposer l'uniformité à des écosystèmes qui ont survécu dans le passé à cause de leur diversité. Toutefois, étant fonctionnaire et chargé de recherches scientifiques, je ne peux pas engager (publiquement) une discussion philosophique. »

Il nous laisse entendre que se pencher sur les facteurs réels qui donnent naissance à une épidémie forestière n'est pas du ressort des fonctionnaires et des scientifiques. On suppose que leur rôle est de rester le nez bien collé à leurs tubes à essais pour en tirer de savantes descriptions des mécanismes réels de la maladie et ensuite proposer des remèdes technologiques pour détruire les parasites apparemment en cause, que de telles méthodes réussissent ou non.


Ce qui maintient les arbres en bonne santé

Les espèces indigènes et les espèces exotiques

Afin de déterminer quelles conditions contribuent à amoindrir la résistance à la maladie, nous devons tout d'abord établir celles qui favorisent le maintien de la santé. Puisqu'une espèce d'arbres est un produit de l'évolution, elle-même processus directeur tendant à maximiser la stabilité, les arbres qui peuplent un même territoire manifestent nécessairement la plus grande stabilité, et partant, le plus haut degré de santé, lorsqu'ils poussent dans le milieu auquel leur évolution les a adaptés. Toutes les preuves empiriques confirment cette thèse.

Ainsi, Day souligne qu'en général « les espèces indigènes sont moins affectées que les exotiques par la maladie » (Day 1949). Il souligne également qu'en Grande-Bretagne les espèces les plus sérieusement touchées par un pourridié sont des conifères exotiques comme l'épicéa Sitka et l'épicéa Norway, le mélèze japonais et européen, le sapin Douglas et le Thuya plicata. Les arbres indigènes tels que le hêtre, le chêne et le pin d'Ecosse ont des cycles de vie beaucoup plus longs que ceux des arbres exotiques et peuvent rester indemnes de toute atteinte grave de pourridié.

Il est également significatif qu'en Floride l'espèce locale de palmiers ne paraît pas affectée par la maladie du bayond qui affecte exclusivement les espèces exotiques. La rouille en Amérique du Nord semble n'affecter que les pins plantés hors de leur zone naturelle [Bingham, 1971]. Il en découle que pour maximiser la résistance à la maladie, l'idéal serait de planter (lorsque cela est possible) les arbres du pays - ceux-la même qui sont destinés par l'évolution à survivre dans les conditions environnementales particulières du lieu (le Royaume-Uni).

Il faudrait donc planter le chêne pédonculé dans les lourdes terres du Sud-Est de l'Angleterre, le chêne sessile dans les sols plus légers du Nord et de l'Ouest et dans quelques parties des hautes terres d'Ecosse. Il faudrait planter aussi dans toutes ces régions en même temps que les chênes des arbres comme les ormes, les tilleuls, les peupliers, les frênes, les hêtres, les charmes et les bouleaux. Le sous-bois ne devrait pas être négligé non plus. En règle générale, il devrait se composer de noisetiers, de houx et d'arbustes épineux.

Dans l'idéal, le seul conifère que nous devrions planter est le pin d'Ecosse qui couvrait jadis la plus grande partie des hautes terres d'Ecosse. Nous ne devrions pas non plus penser simplement en termes d'espèces. Autrefois, on considérait une espèce comme un groupe d'individus uniformes, mais nous savons maintenant qu'il n'en est rien. Il existe une variété considérable au sein d'une même espèce.

La provenance : un nouveau champ d'étude

Effectivement, tout un nouveau champ d'étude s'est développé, consacré à cette approche, que l'on désigne de nos jours sous le nom de « recherches de provenance » [Langlet, 1962]. Et l'on a découvert que dans une espèce largement disséminée, il y a non seulement des différences considérables entre les variétés que l'on trouve dans diverses régions mais aussi des différences entre les types de maladie auxquelles ces variétés sont sujettes. Ainsi, parmi les essences d'arbres qui sont largement disséminées, telles que le pin d'Ecosse, apparaissent des « races climatiques » présentant des différences considérables.

Comme l'indique Day, lorsqu'un grand nombre de ces « races climatiques » d'une même essence sont plantées ensemble, de sorte que certaines sont plus adaptées à leur environnement et d'autres moins, ces races différentes vont différer non seulement pour ce qui est de la vigueur de la croissance, mais encore de la vulnérabilité à la maladie. Il écrit :

« La rouille des aiguilles de pin (Lophodermium pinastri), est rarement, en Grande-Bretagne, une cause importante de maladie chez le pin d'Ecosse, mais elle l'est souvent dans certaines régions de l'Europe continentale. En général, le pin d'Ecosse est attaqué par des espèces différentes de parasites selon qu'il s'agit du Nord ou du Sud de l'Europe. Il en va de même de toutes les autres essences d'arbres. » [Day, 1950]

Tout cela va de soi. Le processus d'évolution a adapté les arbres d'une espèce et d'une variété particulières à une forme spécifique de vie dans un environnement donné. Dès qu'ils sont transplantés dans un milieu différent auquel ils ne sont pas adaptés, des défauts d'adaptation apparaisent nécessairement. Toujours selon Day,

« toute tentative de traiter une espèce comme si (i) l'étendue de son habitat était pratiquement illimitée ou (ii) si elle était en elle-même une constante par nature, de sorte que des variétés appartenant spécifiquement à des milieux différents pourraient être transplantées sans tenir compte de leurs exigences particulières, risque de nuire à son état de santé. » [Day 1950]

Cela ne signifie pas que les plantes exotiques ne puissent être cultivées, mais là encore, comme le dit Day,

« l'introduction réussie d'espèces exotiques dépend en réalité de la mobilité des variétés de l'espèce dans les limites de leur habitat, à la fois pour des raisons de subsistance et pour d'autres raisons. » [Day 1950]

C'est donc par l'étude des caractéristiques principales de leur milieu naturel et en cherchant à les reproduire dans la région où ces arbres exotiques vont être plantés, que leur résistance va être maximisée. Puisque la sylviculture en Grande-Bretagne se distingue de celle de la plupart des autres pays par une importation particulièrement importante d'espèces exotiques à croissance rapide, cela vaut la peine d'examiner les principaux facteurs biologiques et autres qui entrent en jeu.

Le climat

Le facteur le plus évident est le climat, et l'un des aspects du climat qui affecte le plus la croissance et la santé des arbres est la présence ou l'absence de gelée. La gelée peut affaiblir les arbres de certaines espèces au point de diminuer considérablement leur résistance à des maladies spécifiques. Ainsi, un champignon (Dasyscypha willcommii) qui cause un dépérissement des cimes et le chancre du mélèze européen n'ont que peu d'importance dans des conditions normales, mais si les mélèzes sont plantés hors de leur milieu naturel, en particulier dans des endroits où il y a de fortes gelées, leur vulnérabilité aux attaques de ces parasites augmente très sensiblement et la maladie qui y est associée peut prendre des proportions épidémiques.

Il en va de même pour le pin noir (Var. calabrica) qui, lorsqu'on le plante dans des régions à fortes gelées, est sujet à un dépérissement des cimes accompagné de chancre dont il ne souffrirait pas dans des conditions normales [Day 1950]. Naturellement, le froid peut avoir l'effet opposé et fort bien empêcher le développement de certaines maladies. Le temps froid des Etats du nord des USA et du Canada, par exemple, constitue une barrière efficace à la propagation du champignon du flétrissement du chêne. [Carefoot et Sprott, 1967]

La couverture nuageuse peut être un facteur prédisposant les pins à une infection par le champignon Cronartium ribicola, dans le mesure où il crée les conditions nécessaires à une abondante production et dissémination des spores. Le taux d'évaporation a aussi son importance. Ainsi, le champignon des aiguilles (Meria laricis) du mélèze européen a été transporté avec son hôte de leur habitat montagneux, où le taux d'évaporation est souvent élevé et où ni les spores ni l'infection n'ont guère la possibilité de se développer, jusqu'en Europe occidentale où le taux d'évaporation est souvent bas et où les spores et l'infection ont des possibilités de développement beaucoup plus grandes.

Le sol

Le sol est un autre facteur essentiel. Des espèces d'arbres différentes exigent des sols aux caractéristiques elles-mêmes très différentes - des besoins différents en substances nutritives minérales, par exemple. Le frêne, l'orme et le sycomore demandent un sol riche en minéraux. Les pins à deux aiguilles et le bouleaux, par contre, sont moins exigeants. Le chêne est intermédiaire quant à ses besoins en minéraux [Anderson 1956]. Planter des arbres dans des sols qui n'ont pas les teneurs convenables en minéraux, c'est les affaiblir et, partant, les rendre plus réceptifs à la maladie. En même temps, cela peut provoquer une dégradation du sol et la résistance à la maladie s'en trouvera d'autant plus affectée.

Des conifères qui occupent des sols ou des alluvions sablonneux pendant une période de deux siècles peuvent les acidifier (podzoliser) jusqu'à une profondeur de 20 à 30 cm [Noirffelise]. Il en résulte souvent une diminution de la productivité à partir de la seconde plantation. Les différences de teneur en sels minéraux des feuilles et des litières sont extrêmement importantes. Les feuilles dont les arbres se dépouillent forment une couche mince qui se décompose lentement pour se transformer en humus. Les divers micro-organismes qui décomposent cette litière sont les plus actifs lorsqu'elle possède une teneur élevée en sels minéraux basiques, de même lorsque la litière leur fournit un milieu alcalin, neutre ou légèrement acide seulement.

Si le milieu est trop acide, comme le montre Anderson [1956], ils risquent de ne pas se manifester, ce qui provoque une accumulation de litière. Lorsque cela se produit, le sol tend à perdre ses éléments minéraux basiques et devient de plus en plus acide. Des acides organiques se forment qui s'infiltrent dans le sol, détruisent ses sels minéraux et le privent ainsi de nombre de ses micro-organismes, provoquant la perte de sa structure basique et amenant sa « podzolisation » [Anderson 1956].

Le nombre des espèces qui peuvent croître d'une manière satisfaisante même dans un terrain assez peu « podzolisé » est très limité. La plus importante est le pin d'Ecosse. Tout devrait être mis en œuvre pour empêcher la « podzolisation ». On devrait planter des arbres qui produisent la litière appropriée, ce qui signifie surtout des arbres à feuilles caduques. Malheureusement ces derniers ne répondent pas aux nécessités actuelles de croissance rapide et de rendement élevé, mais au bout du compte c'est en nous soumettant à ces contraintes écologiques que la forêt sera sans aucun doute sauvegardée et le rendement maximisé.

Il est clair qu'une saine politique forestière dans ce pays-ci, non seulement aurait pour but d'empêcher la podzolisation de s'étendre mais chercherait à inverser le processus partout où cela est possible. De vastes étendues de sols podzolisés devraient systématiquement être amendées afin qu'une saine sylviculture puisse y être pratiquée. Cela veut dire, planter des arbres qui se plaisent dans des terrains podzolisés et produisent une litière qui favorise la proliférations des micro-organismes.

Parmi les arbres qui améliorent le sol, on trouve le sorbier commun ou frêne de montagne, l'aulne et le bouleau. Malheureusement, ils produisent un bois sans valeur commerciale, ce qui explique pourquoi on ne les plante plus et peu d'efforts sont déployés pour enrayer la podzolisation. En général, la terre utilisable pour la sylviculture, même lorsqu'elle n'est pas podzolisée, est une terre marginale, le plus souvent dans des régions de collines - la meilleure terre étant réservée à l'agriculture et souvent aussi à l'urbanisation. En elle-même la terre marginale, c'est connu, contribue à altérer la santé et, par là, à affaiblir la résistance à la maladie.

Pour cette seule raison, il est donc important d'éviter la dégradation du sol. Entre autres choses, il faut donc éviter des pratiques telles que les coupes à blanc, qui sont généralement admises par notre Office des forêts, et le débroussaillement, car ces deux pratiques exposent le sol sans nécessité au vent et à la pluie, provoquant une érosion qui peut être très importante sur des terrains en pente.

Si l'on doit planter sur un sol relativement peu propice, alors, pour compenser, toutes les autres conditions favorables à la santé des arbres devraient étre maximisées. Comme l'écrit Day,

« s'il faut que la sylviculture, par nécessité peut-être, soit confinée principalement sur les terres les moins fertiles, alors la composition des forêts devrait être telle que les arbres soient capables de résister à l'environnement relativement peu favorable qui détermine cette fertilité réduite. Si le milieu n'est vraiment pas propice, tous nos soins n'empêcheront pas la forêt d'être accablée de multiples maux dans l'apparition desquels on peut s'attendre à ce que des facteurs parasitaires et non parasitaires jouent un rôle. Planter des arbres dans des terres qui ont été cultivées favorise aussi la maladie car leur teneur en sels minéraux ainsi que leurs exigences touchant la faune microbienne auront été modifiées par la culture. »

Ainsi, selon Kujala [1948], un champignon parasite, Fomes annosus, ravage tout particulièrement les plantations de pins Murray en Finlande lorsque celles-ci ont été pratiquées sur des terres précédemment cultivées. « Dans les jeunes peuplements régénérés naturellement dans le Sud, l'importance du champignon reste minime ».

Planter des arbres dans des terres dont la teneur en eau est insuffisante favorise aussi la propagation des maladies. Si l'épicéa, par exemple, est planté dans un sol trop sec ou trop compact pour lui permettre de s'enraciner en profondeur, il a tendance à manquer de résistance, et en période de sécheresse, il résiste mal aux attaques des parasites, en particulier celles d'un champignon du sol qui provoque le pourridié. Cela affecte en particulier les plantations d'épicéas qui ont été faites dans des terrains cultivés auparavant. Selon Noirfelise, planter des pins dans un sol tourbeux peut, dans certaines conditions, augmenter leur vulnérabilité aux attaques des cryptogammes.

On a remarqué que la variation de la nappe phréatique modifiée par suite de travaux de mine, a des incidences sur la mortalité du chêne en Angleterre. De nos jours, compte tenu des besoins en eau sans cesse grandissants, pour l'agriculture, l'usage domestique et l'industrie, et de la baisse du niveau de l'eau dans de nombreuses parties du monde, la santé de nos arbres va vraissemblablement être de plus en plus affectée par ce facteur. Il faut noter que la sécheresse de 1976 en Grande-Bretagne a provoqué une accélération considérable de la propagation du chancre de l'écorce du sycomore, et aussi de la maladie du hêtre.

La sécheresse du sol tend à réduire la résistance aux attaques du champignon Armilla riella. D'un autre côté, la maladie de la rupture du collet du cacaotier semble ne devenir épidémique qu'avec une forte humidité atmosphérique. Selon Day, sur les sites bien drainés, les mortalités paraissent n'être que sporadiques et les pertes négligeables. [Day, 1929]

Le milieu biotique

Le troisième facteur est le milieu biotique des arbres. Les forestiers sont rarement des écologistes. Ils ne semblent pas se rendre compte que, dans la nature, les arbres poussent non pas au hasard mais selon des schémas spécifiques, ceux qui sont les plus favorables à leur santé et à leur survie, ainsi qu'à celles de l'éco-système forestier dont ils sont partie intégrante. Pour maintenir des relations stables avec leur environnement, autrement dit rester en bonne santé, il leur faut de toute évidence être plantés dans le milieu biotique qui se rapproche le plus de celui dont ils sont issus.

Il y a un nombre considérable de preuves empiriques qui démontrent que les arbres sont beaucoup plus résistants aux maladies s'ils se trouvent dans de telles conditions. Keller montre que des arbres plantés dans des conditions écologiques correctes résistent mieux à la pollution que des espèces « dont les exigences concernant l'habitat ne sont qu'imparfaitement satisfaites, et qui, par voie de conséquence, font preuve d'une moindre vitalité ». Malheureusement, la sylviculture scientifique ne tient pas toujours compte de ces choses-là. Son premier objectif est de maximiser le rendement à court terme. Comme le souligne Anderson, la sylviculture scientifique moderne ignore

« le fait fondamental que les composants de la forêt sont des organismes vivants, avec leurs préférences et leurs antipathies, et non pas des bouts de bois qui automatiquement et mécaniquement vont augmenter de taille et de volume jusqu'à être assez gros pour répondre aux besoins changeants de l'homme. » [Anderson, 1956]

On ignore que « les forêts sont des communautés d'innombrables organismes vivants et qu'elles refusent de se soumettre entièrement aux règles établies par les hommes pour les régire ». Il en découle tout d'abord que la monoculture forestière doit être évitée. Il faut autant que possible planter des espèces et des variétés spécifiques accompagnées des arbres avec lesquels elles sont habituées à cohabiter. Dans l'idéal, le sous-bois qui s'est formé sous leur influence commune devrait aussi être reconstitué. Les arbres ne devraient pas non plus être indûment serrés. Une densité trop forte est aussi un facteur qui augmente leur prédisposition à la maladie.

On sait, par exemple, que le chancre des mélèzes cause le plus de ravages dans des bois surpeuplés. Dans les vergers modernes de pommiers nains que l'on plante à raison de 2 500 par hectare, le chancre peut toucher jusqu'à 30 % des arbres. Dans les vieux vergers d'autrefois aux arbres largement espacés, il y avait beaucoup moins de pertes dues au chancre. Nous ne devrions pas planter non plus des rangées d'arbres, comme on le fait de nos jours, ayant tous le même âge, car la prédisposition à des maladies spécifiques varie selon l'âge des arbres.

Comme le précise Day, en Angleterre le mélèze est particulièrement sensible à l'âge de 15 ans à un champignon, l'Armilla riella. L'épicéa, selon Nechleba, est des plus sensibles à 25 ans, (bien que Frombling le trouve très vulnérable dans les premières années suivant la plantation.) Une forêt naturelle, étant constituée d'arbres appartenant à des groupes d'âge différents, est beaucoup moins vulnérable qu'une plantation moderne.

Il y a une autre raison pour laquelle des arbres du même âge et de la même espèce ne devraient pas être plantés ensemble. C'est que leurs racines vont entrer en compétition pour le même espace et de là, pour les mêmes substances minérales et la même humidité. Des arbres d'espèces différentes et d'âges différents, par ailleurs, utiliseraient au mieux la fertilité du sol.


Les causes des maladies des arbres

L'importation des parasites

Il reste vrai que les plus graves épidémies ont été déclenchées par des changements intervenus dans l'environnement biotique d'une espèce ou d'une variété d'arbres par suite de l'introduction d'un ou de plusieurs parasites exotiques dont la prolifération n'est pas enrayée, comme elle le serait dans leur milieu naturel par le climat, le sol ou des facteurs biotiques.

Ainsi, le chancre qui affecta le cyprès Monterey (Cypressus macrocarpa) en 1928, fut provoquée par un champignon jusqu'alors inconnu que l'on baptisa ultérieurement Coryneum cardinale. Après avoir détruit les trois quarts des cyprès Monterey de Californie, il a atteint la France en 1940, l'Argentine vers 1971, puis l'Australie, l'Angleterre, la Géorgie, l'Italie, l'Irlande du Nord et l'Espagne. Wagener considère que la cause principale de contagion a été le transport par l'homme de plants contaminés, bien que les oiseaux aient été aussi partiellement responsables pour avoir transportés des cônes infectés. [Wagener, 1948]

Le zigzag (ou la spongieuse), Porthetria dispar, le grand responsable de la défoliation des chênes, a été importé de France aux Etats-Unis en 1869, où les facteurs climatiques et biotiques ayant été insuffisants pour le contenir, la prolifération a pris les proportions d'une épidémie.

La nécrose du châtaignier (maladie de l'encre) aux Etats-Unis a été causée par un champignon parasite, Endothia parasitica, qui a été importé de Chine au début du siècle - et qui plus tard s'est propagé en Italie.

La maladie de l'orme subéreux aux USA fut déclenchée par le champignon de l'orme, Ceratocystis ulmi, originaire d'Asie, et qui avait déjà atteint l'Europe. Elle fut probablement apportée aux USA par un chargement de billes de ronce d'orme importées par une fabrique de contreplaqué. Son introduction n'aurait probablement pas été désastreuse si le scolyte (Scolytus multistratus) de l'orme européen, introduit par les mêmes billes de bois, n'avait pas propagé rapidement le terrible champignon à travers les USA. Il y a bien un scolyte de l'orme américain, mais il est comparativement inoffensif en Amérique, les ormes américains ayant réussi à établir avec lui des relations stables. On avait affaire à une nouvelle variété du champignon, qui s'est apparemment développée au Canada, et a été ramenée en Grande-Bretagne, où elle tue maintenant les ormes blancs et les ormes champêtres. [Gibbs et Frank Graham Jr.]

Le chancre du sycomore est causé par un champignon saprophite, Cryptostroma cordicale, qui a été introduit en Grande-Bretagne dans les années 40 par du bois en grume importé d'Amérique du Nord où il est un parasite de l'érable à sucre. Le chancre Scleroderris qui détruit les pins rouges et les pins sylvestres dans l'Etat de New-York, semble être causé par un champignon d'un genre particulièrement virulent venu d'Europe.

Abattre les arbres malades : l'Etat ne fait rien

Comment aborder ce problème ? Il est tout indiqué d'abattre les arbres malades et de les brûler. Si on le fait assez tôt, la maladie peut être jugulée. Cela aurait été probablement efficace dans certains cas, en particulier celui d'un parasite exotique qui n'a encore provoqué qu'une infestation locale. Cela aurait été possible, comme le suggère Hedger dans The Ecologist (vol 9 nº 4/5, août 1979) dans le cas de la maladie de l'orme subéreux. Mais l'orme a été, partiellement du moins, la victime des priorités du gouvernement.

Hélas, les gains politiques que l'on peut retirer de la lutte contre les maladies de la forêt sont minces. Le grand public ne s'intéresse pas au problème. Ainsi, nous constatons que le ministère de l'Environnement [information parue dans la presse en 1977] rejette l'idée d'abattre tous les ormes morts, de les stocker et de les tronçonner. Les besoins économiques ne le justifient pas. A supposer qu'il faille éliminer 500 000 m3 de bois d'orme sur une période de 5 ans, de coût de l'abattage, du transport, de la manutention et du stockage, ainsi que de l'indemnité à verser aux propriétaires des arbres, etc., s'élèveraient à 15 millions de livres sterling.

Puisque, selon les calculs des autorités,10 à 12,5 millions de livres seulement auraient pu être récupérés, il y aurait un manque à gagner de 2,5 à 5 millions de livres, et « l'on ne peut envisager que le gouvernement soit prêt à supporter une perte de cette sorte ». La position du gouvernement concernant ces problèmes importants, est terriblement déprimante si l'on songe aux sommes énormes gaspillées chaque année pour des projets qui ne favorisent guère les intérêts à long terme des gens de ce pays, ou leur environnement naturel.

Ce n'est pas un problème particulier à l'Angleterre. Le gouvernement américain s'est révélé avoir la vue aussi courte. Selon le Dr Mark McClure de la Station de recherches agronomiques du Connecticut à New Haven, l'actuelle épidémie qui frappe les pins rouges de l'Est du Connecticut s'étend aux forêts de pins rouges indigènes du Massachusetts et l'on ne fait pratiquement rien pour l'enrayer. Entre autres choses, les envois de jeunes plants vers les zones non encore touchées ne sont toujours pas restreints. La raison en est qu'il n'y a pas d'argent disponible. Le gouvernement a des priorités différentes et les fonds ne sont susceptibles d'être mis à disposition que si des positions d'une grande importance économique sont menacées. Alors, il sera vraisemblablement trop tard. [New York Times, 10.8.77]

Comment se préserver des parasites ?

Naturellement on peut voter des lois pour empêcher l'importation de bois en grume risquant d'abriter des parasites étrangers. On a essayé de le faire dans ce pays-ci, en particulier afin d'empêcher la maladie du dessèchement du chêne de pénétrer en Grande-Bretagne. L'importation de plants de chêne d'Amérique du Nord est, de ce fait, interdite maintenant et le bois de chêne importé doit être débarrassé de son écorce pour éliminer les scolytes qui pourraient transmettre la maladie. Le bois doit aussi avoir une teneur en eau de moins de 20 % pour éliminer le champignon qui est à l'origine de la maladie.

Toutefois, il serait naïf de croire que toutes les importations sont inspectées méticuleusement pour s'assurer qu'il ne reste pas d'écorce et que la teneur en eau des grumes est convenable. Comme l'admet Burdekin, de telles mesures ne peuvent garantir l'exclusion du dessèchement ou de toute autre maladie comparable. [Burdekin, 1978]

La pollution

La pollution diminue aussi la résistance des arbres aux parasites. Des concentrations élevées ne sont pas nécessaires ; un mélange de gaz différents en petites quantités est souvent suffisant. Les dommages dus à la fumée favorisent l'invasion d'insectes tels que les scolytes, les charançons et les pucerons du sapin. [Schwerdtfeger, 1957]

Une agression du petit aphide de l'aiguille d'épicéa est considérée comme d'autant plus sérieuse que les arbres sont plus proches de la source de fumée [Wentzel et Ohnesorge, 1961]. La fumée tend également à diminuer la résistance à la gelée [Wentzel 1956]. Les dommages occasionnés aux épicéas par le gel sont plus importants dans les zones polluées par la fumée que partout ailleurs. Les conifères perdent plus facilement leurs aiguilles durant une période de gel dans les zones de pollution chronique.

On a découvert que la poussière de charbon réduit la quantité d'amidon dans les feuilles, apparemment par diminution de l'apport de lumière. La pollution par la poussière de ciment, selon Ersov [1957], a réduit la photosynthèse chez le tilleul et l'orme respectivement de 24 et 31 %. Il semblerait que la poussière de ciment, la suie ou tout autre produit obstruent les stomates et réduisent l'intensité de la lumière, et par le même, affectent la photosynthèse.

Les produits chimiques : leurs dommages

L'anhydride sulfureux provenant des hauts fourneaux, des usines à coke, des fabriques d'engrais, de produits cellulosiques et d'acide sulfurique, des raffineries de pétrole et des centrales thermiques, est particulièrement dangereux pour les arbres.

Là encore, la raison en est claire. SO2 paralyse la régulation des stomates. Normalement, pour se protéger du soleil au zénith, les stomates ont tendance à se fermer. Quand ils sont paralysés, ils restent ouverts ce qui signifie que la transpiration continue librement et que la plante se dessèche vite, d'autant plus que le SO2 interfère aussi dans les apports d'humidité. Comme les stomates restent ouverts, les feuilles absorbent davantage de SO2.

Jusqu'à un certain seuil, la plante peut essayer de neutraliser les effets du SO2 en absorbant plus de sels minéraux mais on ne peut empêcher des dommages considérables. Les plantes affectées présentent une chlorose de leurs organes d'assimilation avec des nécroses par endroits et les conifères perdent une partie de leurs aiguilles. La fructification est affectée et si la pollution persiste, les graines se raréfient ou disparaissent complètement [Jahnel 1955]. Des tests ont aussi montré que de l'eau additionnée d'acide sulfurique affaiblit considérablement la résistance des plantes aux parasites. [Keller]

La pollution par le fluor a aussi un effet pernicieux sur les arbres. Elle se produit surtout au voisinage des fonderies d'aluminium, d'usines d'engrais et des verreries. Son principal effet est d'interférer dans la synthèse de la chlorophylle. Comme dans le cas d'une pollution par le SO2, elle provoque une respiration accélérée, le dessèchement des feuilles et donne naissance à des nécroses. [Keller]

Les polluants non seulement affectent les arbres directement, mais aussi en changeant la composition chimique du sol sur lequel ils se déposent et la composition des colonies de micro-organismes. Ceci est particulièrement vrai de l'acide sulfurique qui attaque le sol des forêts scandinaves et provoque un ralentissement de la croissance des arbres. [Jonsson 1975, Katz 1949, 1950]

Il va sans dire que les différentes formes de dommages que les polluants font subir aux arbres qui y sont exposés, directement ou indirectement, ont tendance à diminuer leur viabilité et partant leur santé, les rendant ainsi plus sensibles aux attaques des parasites.

Comment peut-on éviter les dégats causés par la pollution ? D'une part, en plantant des arbres loin des sources de pollution, d'autre part, en s'abstenant d'introduire des industries polluantes dans des régions forestières. Mais ici, nous nous heurtons à l'ensembles des priorités fondamentales de notre société - on attache une bien plus grande importance au développement industriel qu'au maintien de la santé des arbres.

La détermination génétique

La maladie des arbres a pour autre conséquence la détérioration génétique. De nombreuses raisons expliquent pourquoi elle se produit. La première est simplement la tendance des bûcherons au cours des derniers siècles à abattre les plus beaux arbres de n'importe quel peuplement, et de ne laisser sur pied que les moins vigoureux ou de seconde qualité. Cela constitue une sélection négative et, de ce fait, entraîne forcément une détérioration génétique. Dans de nombreux cas, on peut discerner clairement les résultats. Ainsi, en Suède, d'après Lindquist,

« les bonnes qualités du chêne et les qualités " nobles " du bouleau ont été réduites dans une mesure alarmante. La dégénérescence manifeste d'importantes caractéristiques des arbres peut être observée sur toute l'étendue côtière du Norrland, depuis Gäyle jusqu'à Haparanda. Dans cette région, l'abattage pour les grandes scieries continue depuis le début du XVIIè siècle. Y prédominent maintenant des pins à large tête et des types intermédiaires dont la qualité du bois est généralement inférieure à celle que l'on trouve à l'intérieur du pays. » [Lindquist 1948]

D'après le même auteur, la dégénérescence des pins dans les terres agricoles du Sud ou du Centre de la Suède est encore plus frappante.

On trouve une seconde raison à la détérioration génétique dans les méthodes courantes utilisées pour recueillir les graines destinées aux cultures forestières - qui le plus souvent ne tiennent pas compte des caractéristiques de l'arbre producteur ou des possibilités d'adaptation de la variété à la région où elle va être cultivée. Selon Lindquist, cela comporte « des risques très sérieux d'obtention de semences dont les propriétés héréditaires seraient mauvaises et qui donneraient une maigre production de bois à l'avenir ».

Une troisième raison est l'effet de la pollution sur la reproduction des arbres. La pollution par l'anhydride sulfureux affecte gravement la reproduction des plantes. A tel point, que selon Keller, il existe « une corrélation linéaire négative entre la concentration d'anhydride et la viabilité du pollen ». [Keller, 1976] Il a ainsi découvert qu'après avoir soumis pendant 141 jours des sapins blancs (Abies alba) a des fumigations d'anhydride sulfureux dont la concentration ne dépassait pas 0,1 par million (ppm), la germination était réduite de près d'un tiers, tandis que s'il utilisait une concentration de 0,2 ppm, elle était de fait réduite de moitié. De telles données

« montrent une influence néfaste significantive sur la reproduction d'une importante espèce. Elles révèlent tout particulièrement une perte de gènes, c'est-à-dire, un appauvrissement des ressources génétiques dont les conséquences restent inconnues à ce jour. » [Keller 1976]

Son témoignage corrobore d'une manière significative les observations faites par d'autres chercheurs comme Wentzel (1963) et Mamajew et Shkarlet (1972) sur les effets de l'anhydride sulfureux sur le hêtre et le pin.

On blesse les arbres

Un autre point à considérer est le dommage physique causé aux arbres par les gens, les véhicules et autres moyens mécaniques. Cela aussi peut provoquer la maladie. Voyons comment. Un arbre est normalement capable de résister aux invasions de parasites dont il a quelque expérience phylogénétique. Il possède un certain nombre de lignes de défense contre l'envahisseur. D'abord, il crée des barrages chimiques dans le bois derrière la blessure pour empêcher l'infection. Ces barrages sont d'habitude efficaces et la blessure guérit.

Dans quelques cas toutefois, des micro-organismes peuvent les traverser. Tout n'est pas encore perdu car l'arbre a une autre ligne de défense. Le cambium blessé produit une zone de cellules spéciales qui isolent l'endroit affecté ou le « compartimentent ». L'endroit compartimenté peut dépérir mais le dépérissement est contenu et ne s'étend pas au bois nouveau qui se forme autour du compartiment affecté. Si un arbre est blessé de manière répétée, toutefois, l'arbre s'affaiblit progressivement, à un point tel qu'il peut succomber à des invasions auxquelles il aurait précédemment résisté avec succès. [Shigo, Larsen, 1975]

De nombreuses maladies graves des arbres dans les zones urbaines sont, semble-t-il, apparues surtout parce que les arbres qui s'y trouvent ont été blessés par les hommes au cours de leurs activités, et leur résistance en a été amoindrie. Cela semble vrai du champignon qui cause le dépérissement du chêne (à ne pas confondre avec le dessèchement du chêne), et qui attaque surtout les arbres dans le Texas et sur la côte du Golfe du Mexique. Cette maladie paraît affecter principalement ceux qui ont été blessés et, partant, affaiblis par les activités de l'homme.

Une combinaison de facteurs

Les différentes facteurs qui entraînent des défauts d'adaptation écologique, et donc un affaiblissement de la résistance des arbres à la maladie, n'apparaissent que rarement seuls. Très souvent les arbres sont affectés par des combinaisons variées de ces facteurs, qui ont au mieux, un effet cumulatif, au pire un effet synergique - et qui causent des dommages plus importants que n'importe quel facteur pris indépendamment.

Prenez le case de la défoliation des chênes par la tondeuse. En 1923-24, elle provoqua la perte de nombreux chênes. On remarqua que les arbres morts étaient couverts d'agaric couleur de miel qui s'étendait jusqu'en haut des troncs. On découvrit aussi que la plupart des arbres morts avaient été précédemment affaiblis par d'autres facteurs. Ainsi, les peuplements mélangés où l'on avait abattu des conifères pendant la guerre ont excessivement souffert, comme l'on fait ceux où l'abattage des conifères d'abri avait été trop longtemps différé. Il apparaît également que l'altération de la nappe aquifère par des travaux miniers ou des opérations de pompage, a pu avoir un effet prédisposant. Il se peut fort bien que tous ces facteurs entrent en jeu.

Prenons un autre exemple : une maladie qui se déclara en Slavonie en juin 1926 et causa la perte des chênes pédonculés sur une vaste étendue. D'après Robinson [1927], ce champignon n'aurait pas eu un tel effet dévastateur si les arbres n'avaient été affaiblis par les défoliations successives provoquées par différents insectes (Lymantria dispar, Liparis chrysorhea et Malacosoma neustria) et s'ils n'avaient pas été affectés également par le mildiou.

La maladie qui s'attaque au hêtre en Grande-Bretagne, décrite par Lonsdale dans The Ecologist (vol 9 nº 4/5, août 1979), a pour origine, selon certains, l'action conjointe de cochenilles et d'un champignon, le Nectria coccinea.

D'autres phytopathologistes ont considéré les facteurs de l'environnement comme la cause principale. L'allemand Zycha estime que la sècheresse et le gel sont les principaux facteurs en jeu. D'autres encore, Brown en particulier, pensent que la cochenille seule provoque la maladie. Lonsdale avance l'hypothèse que plusieurs facteurs, sinon tous, peuvent jouer un rôle. Avant que le hêtre ne soit tué par un champignon, de nombreuses conditions doivent être remplies et cette hypothèse semble s'accorder avec le contenu du présent article.


Traitement et lutte biologique

Ceci naturellement, rend les maladies des arbres particulièrement difficiles à traiter. Il faut corriger un grand nombre de défauts d'adaptation et les méthodes utilisées pour en corriger un seul peuvent de fait augmenter l'importance de autres. Dans l'idéal, on devrait laisser l'évolution faire le travail à notre place, car les changements opérés par l'évolution influent sur l'adaptation des systèmes à leur environnement total, et non pas à une seule de ses parties. De cette manière, les changements qui s'opèreraient lentement dans les différents composants de l'écosystème affecté assureraient leur parfaite réadaptation aux conditions nouvelles.

Il va sans dire que nous ne pouvons nous permettre d'attendre aussi longtemps ; le processus d'adaptation doit être accéléré. Ceci peut l'être, comme nous l'avons vu, par des plantations d'arbres qui améliorent la qualité du sol lorsque la pauvreté de ce dernier peut être incriminée.

La plantation des espèces les plus appropriées pour remplacer une monoculture doit pouvoir augmenter la stabilité. Lorsqu'il s'agit d'un défaut d'adaptation causé par un parasite importé particulièrement destructeur, des remèdes plus radicaux sont évidemment nécessaires, même s'ils comportent certains risques.

La lutte biologique

Si un parasite importé peut provoquer des ravages considérables, c'est parce qu'il n'est plus soumis aux régulations climatiques, topographiques et biotiques qui normalement le tiennent en échec dans son habitat naturel. Introduire les conditions topographiques ou climatiques appropriées est de toute évidence impossible une fois que les arbres ont déjà été plantés et attaqués par le parasite. Ce que l'on peut faire toutefois, c'est introduire un ou plusieurs des composants biotiques manquants de l'environnement naturel du parasite, c'est-à-dire les prédateurs naturels de l'arbre. De nombreuses réussites auraient été obtenues de cette manière.

L'introduction d'insectes prédateurs (en provenance d'autres régions) et qui ne sont pas les ennemis naturels de ravageurs a apparemment sauvé une plantation de pins exotiques destinée à l'industrie de la pâte à papier de la destruction dont la menaçaient des larves de phalène dévoreuses de feuilles. Les chenilles défoliantes (Oxydia trychiata), précédemment peu dangereuses dans ce pays-ci, sont brusquement devenues très destructrices des pins exotiques. De petits hyménoptères (Telenomus alsophilae) d'Amérique du Nord, qui se nourrissent des chenilles défoliantes des feuillus comme les chêne et l'érable, ont été lâchées dans la plantation au cours de l'hiver 1975 [Science News, 1977] avec des résultats très satisfaisants.

La régulation biologique est naturellement lourde de dangers. Le prédateur importé peut fort bien causer plus de dégâts que l'« espèce-hôte » qu'il est censé réfréner. On favorise aussi des tendances indésirables, c'est-à-dire la plantation d'arbres dans un milieu biotique peu propice - dans le cas par exemple, de plantations commerciales de conifères dans une zone où ils étaient jusque-là inconnus, et dans laquelle ils ont rencontré des parasites dont ils n'avaient aucune expérience phylogénétique.

La régulation biologique est néanmoins une stratégie beaucoup plus saine que ne l'est la lutte chimique puisque, dans les meilleures conditions, elle peut apporter une contribution positive au rétablissement d'un écosystème moins déséquilibré, alors que la lutte chimique ne peut avoir que l'effet contraire.

La découverte et la culture de nouvelles variétés

Si la régulation biologique n'arrive pas à maîtriser la prolifération d'un parasite importé, le seul moyen d'action efficace susceptible de produire des résultats assez rapides est de trouver et de cultiver des sous-espèces particulières qui soient résistantes à la maladie. On a découvert par exemple, que le châtaignier chinois résiste à la maladie de l'encre qui s'attaque aux châtaigniers américains et européens. Le cocotier nain de Malaisie paraît résistant au bayond, comme l'est une sous-espèce récemment découverte, l'hybride Maypan. L'orme chinois paraît aussi être plus résistant à la maladie de l'orme subéreux, et on le plante aux USA. Une sous-espèce de chêne rouge s'est développée, qui apparemment résiste au dessèchement [information parue dans la presse, 1977].

Ce qui fait problème, naturellement, lorsqu'il s'agit de produire des lignées résistantes, c'est que les arbres peuvent être affectés par une quantité de ravageurs en puissance. Le peuplier par exemple, comme le montre Lanier [1974] est susceptible d'être attaqué par un nombre inouï de parasites et de ravageurs végétaux et animaux, et ceux-ci ont toute chance de s'en prendre à certains clones des hybrides cultivés. Si l'hybride, créé pour résister au parasite introduit, est trop radicalement différent de la lignée originelle, il peut tout simplement cesser de s'adapter à tous les autres constituants de son milieu naturel ; ceci, à la longue, peut augmenter la prédisposition de l'arbre à toutes sortes d'autres maladies. Comme l'écrit Bingham [1971],

« si nous pouvions seulement avoir la patience de ne pas nous précipiter dans un travail de reproduction " bouche-trou " qui peut sérieusement altérer la structure génétique à la fois de l'hôte et du pathogène, nous ménagerions l'avenir. »

Burdekin [1978] juge essentiel que beaucoup de soin et de rigueur soient apportés à ces programmes de reproduction afin que d'autres facteurs tels que l'aspect de l'arbre et sa vigueur, sa capacité à résister aux influences climatiques et sa résistance à d'autres maladies soient incorporés dans de rigoureuses épreuves de contrôle - mais ceci n'est peut-être pas toujours possible.

La création d'hybrides est un processus lent, et cela constitue un autre problème. De la découverte ou de la production d'un arbre résistant à sa plantation sur une grande échelle, beaucoup de temps s'est écoulé, un temps plus considérable encore avant qu'il ne devienne adulte. C'est pourquoi il faut prendre des raccourcis. On a recours à des techniques végétatives comme la culture de tissus et le bouturage. Reproduire les arbres de façon sexuellement naturelle prendrait trop de temps.

Cependant, c'est en procédant ainsi qu'un peuplement offrant la variété génétique nécessaire à la résistance à la maladie pourrait être créé. Quand des clones sont tous identiques, ils offrent une variété génétique minimale avec une résistance minimale à la maladie. Ces techniques, en tout état de cause, s'appliquent seulement aux forêts de rapport et aux arbres d'agrément. Quand des populations d'arbres sont anéanties dans les forêts naturelles, elles ne peuvent pas être remplacées par de telles méthodes. Les moyens logistiques à mettre en œuvre seraient trop importants comme en serait le coût, compte tenu surtout des priorités du moment.


Comment envisager l'avenir

Nous avons établi quelles étaient les causes réelles des maladies des arbres. Elles incluent les changements qui ont contribué à perturber la relation stable établie par l'évolution entre une population d'arbres et son milieu climatique, topographique et biotique, donnant ainsi naissance à diverses formes de déséquilibres phylogénétiques [Boyden, 1973]. Ces changements tendent à inverser le processus évolutif puisque le but de ce dernier est précisément de renforcer la stabilité de ces relations - et corrélativement, de réduire l'incidence et la gravité de tels déséquilibres.

L'approche écologique se propose de corriger ces déséquilibres en rétablissant la stabilité des relations entre les populations d'arbres et leur environnement, restaurant ainsi leur santé et donc celle des écosystèmes dont elles font partie. Réaliser un tel programme dans notre société moderne est difficile pour bon nombre de raisons. Tout d'abord, il n'existe pas de moyens technologiques pour la mettre en application, et dans une société qui est spécifiquement organisée pour fournir des solutions technologiques à l'exclusion de toutes les autres, cela devient très grave.

En vérité, une politique orientée vers l'écologie ne procurerait pas autant de bourses de recherche aux scientifiques, de profits aux entrepreneurs, de taxes à l'Etat, ou d'emplois (du moins au niveau actuel des rémunérations) que le font les solutions technologiques. Elle n'apporterait pas non plus la même contribution au Produit National Brut (PNB). De plus, il n'y a pas de solutions immédiates à la dégradation écologique, pas de remèdes miracles, bien que, malheureusement, de nombreux scientifiques nous aient donné le change et fait croire qu'ils existent et apportent une solution à nos problèmes en train de s'aggraver.

En outre, l'approche écologique implique l'acceptation d'un certain seuil de pertes. Ces dernières peuvent diminuer à mesure que s'améliore la santé de la forêt dans son ensemble, mais il y aura toujours des pertes, les parasites ne seront jamais entièrement exterminés. Pour cette seule raison, il est peu probable que l'approche écologique soit acceptée par ceux à qui l'on a malencontreusement enseigné que la science peut véritablement éliminer ravageurs et parasites.

On peut aller jusqu'à dire que, aussi longtemps que notre société restera engagée dans la voie actuelle, tenue comme elle est de poursuivre sa croissance économique, il est peu probable qu'une politique orientée vers l'écologie puisse être mise en œuvre. Les raisons en sont évidentes.

La plantation d'espèces exotiques à croissance rapide dans un milieu auquel elles n'ont pas été adaptées par leur évolution est nécessaire pour assurer le haut degré de croissance des arbres et les profits à court terme dont dépend le maintien de la viabilité des entreprises forestières.

La création de peuplements à haute densité, d'une seule essence, dans lesquels les arbres sont tous du même âge, et l'adoption de pratiques néfastes comme le débroussaillage ou la coupe à blanc sont habituellement nécessaires pour rendre l'exploitation forestière suffisamment rentable et, à court terme, pour assurer sa survie dans des conditions encore moins propices. Une nouvelle extension du secteur forestier exigerait probablement l'adoption de pratiques encore plus aberrantes. Peter Wood de l'Institut Forestier de Commonwealth (Commonwealth Forestry Institute, rebaptisé Oxford Forestry Institute) a déclaré lors d'une conférence récente [Elkington 1978] que nous en sommes restés à l'âge des chasseurs-cueilleurs en matière de sylviculture. Si nous exploitions les arbres comme nous exploitons d'autres récoltes, nous pourrions, sel on lui, augmenter les rendements de 800 %.

Les épidémies actuelles : un simple debut ?

Si l'on permet à des gens aussi peu avisés d'avoir une influence sur le cours des choses - et les pressions politiques et économiques vont dans ce sens - alors les destructions auxquelles nous assistons de nos jours ne font qu'annoncer les épidémies encore plus terribles que l'avenir réserve aux arbres.

L'utilisation de quantités d'eau de plus en plus importantes pour satisfaire les besoins grandissants de l'industrie, de l'agriculture, des ménages, dans une économie en pleine croissance, conduira nécessairement à de nouvelles baisses du niveau de la nappe phréatique dans les régions où il reste encore des forêts, associées à une réduction de la vitalité des arbres.

La perte actuelle de terrains boisés dont l'agriculture a besoin pour compenser les 40 000 hectares de terre arable absorbés chaque année par l'urbanisation, continuera à augmenter, alors que d'autres routes, d'autres aéroports, d'autres usines et grands ensembles seront construits pour fournir la superstructure matérielle de la puissance économique [Coleman, 1977]. La conséquence sera le recul de la forêt vers des zones encore plus marginales, ce qui, comme nous l'avons vu, ne peut que réduire la santé des arbres.

L'élévation des niveaux de pollution - pollution par la fumée, le charbon, la poussière de ciment, l'anhydride sulfureux, le fluor et autres dérivés de la production - industrielle sera aussi inévitable. Le coût de la réduction systématique de ces niveaux dans une économie en expansion est prohibitif. Au contraire, comme les problèmes économiques empirent, les fonds disponibles pour la lutte contre la pollution, qui figure déjà bien bas sur la liste des priorités de notre gouvernement, vont vraisemblablement décroître plutôt qu'augmenter.

Il en va de même des pesticides. La quantité totale à usage agricole ou non des types même les plus toxiques utilisés en Grande-Bretagne, tels que les hydrocarbures chlorés et les organophosphates, a augmenté plutôt que diminué et continuera à le faire dans une économie en expansion.

Quant à la mobilité, que nous tenons pour être une cause importante des maladies des arbres, son accroissement est un trait essentiel du développement économique. Tous les ans, des foules de plus en plus nombreuses traversent les océans pour le travail ou le plaisir. Le commerce du bois et de ses produits va vraisemblablement s'intensifier. Dans ce pays, nous importons chaque année pour 2 000 millions de dollars de bois et la différence entre la production locale et les besoins globaux continuera d'augmenter.

Etant donné l'inefficacité grandissante des contrôles dans une société chaotique en pleine désagrégation, dans laquelle le sens des responsabilités s'émousse rapidement, on ne peut que prédire l'introduction dans ce pays de quantités croissantes de dangereux parasites venus d'ailleurs.

Dans le contexte d'une économie industrielle en expansion, l'avenir des arbres est vraiment inquiétant. Si nous persistons dans la même direction, une Grande-Bretagne sans arbres, pour employer le titre d'un article d'Elkington dans le New Scientist est non seulement une possibilité, mais encore une probabilité certaine.

Cela est d'autant plus vrai que les arbres font partie des organismes les plus vulnérables. Ils ne peuvent pas se déplacer pour éviter leurs ennemis, ni émigrer pour échapper au mauvais temps. Ils sont d'une grande complexité et il faut de 30 à 3 000 ans pour qu'apparaisse une nouvelle génération, à l'inverse de nombreux insectes dont les générations se succèdent au rythme d'une toutes les deux semaines. Cela signifie qu'ils sont très lents à s'adapter à de nouvelles conditions. Il se peut aussi qu'un milieu capable de maintenir en bonne santé des formes de vie aussi sophistiquées que le sont les arbres doive atteindre un degré de complexité impossible à réaliser sur une planète qui serait encore plus fortement industrialisée.

Dans ce pays, le problème est particulièrement aigu. A cause de la densité de notre population, du niveau déjà élevé d'industrialisation et de la diversité très insuffisante des arbres, il suffirait de quelques parasites exotiques, opérant dans des condition appropriées, pour détruire la plus grande partie des arbres restants. Seul un renversement des tendances actuelles à l'industrialisation toujours plus poussée, assurerait leur survie.

Heureusement, on peut prédire un tel renversement avec une certitude absolue [Goldsmith, 1971]. De fait, il commence déjà à se produire - non pas comme résultat d'une politique générale menée consciemment, mais simplement parce que les conditions mondiales sont de moins en moins propices au fonctionnement du système industriel. C'est pour cette raison, et pour elle seule, que je nourris quelque espoir concernant l'avenir de nos arbres.

DESSUS638451   

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