Nourrir le monde en situation de changement climatique
Disons-le tout de suite, le changement climatique est de loin le problème le plus angoissant auquel l'humanité a jamais été confrontée. Selon la dernière estimation du Groupe d'experts intergouvernemental pour l'étude du changement climatique (IPCC), nous pouvons nous attendre à une augmentation de 5,8º d'ici la fin du XXIe siècle. L'IPCC n'a cependant pas pris en compte un certain nombre de facteurs cruciaux, notamment l'anéantissement des forêts tropicales et autre végétation.
Celles-ci renferment pourtant six cent milliards de tonnes de carbone, presque autant qu'en contient l'atmosphère, dont la plus grande partie risque fort d'être libérée au cours des prochaines décennies par les activités de moins en moins contrôlées des sociétés géantes d'exploitation du bois. Le directeur général du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) a récemment déclaré que seul un miracle pourrait sauver ce qui reste des forêts tropicales du globe.
L'IPCC ne prend pas non plus en compte les terribles dommages infligés aux sols par les énormes machines et l'arsenal de produits chimiques toxiques de l'agriculture industrielle moderne. Les sols de la planète renferment mille six cent milliards de tonnes de carbone, presque deux fois plus que l'atmosphère. A moins d'un passage rapide à des pratiques agricoles durables, essentiellement biologiques, la majeure partie va en être libérée dans les décennies à venir.
Le Centre Hadley de l'Organisation météorologique britannique a intégré ces facteurs et d'autres à ses modèles les plus récents et a conclu que l'augmentation de la température moyenne du globe va atteindre 8,8º au cours de ce siècle et non pas 5,8ºC [1]. Les prévisions d'autres climatologues, qui prennent en considération des facteurs souvent négligés en grande partie, sont encore plus sombres [2]. S'ils ont raison, quelles sont les implications ?
D'après l'IPCC, nous pouvons nous attendre à une augmentation considérable de la fréquence et de la violence des vagues de chaleur, des tempêtes, des inondations et, bien sér, à la propagation de maladies tropicales dans les zones tempérées, maladies qui affecteront non seulement la santé humaine, mais aussi les cultures. Nous devons aussi nous attendre à une élévation du niveau des mers pouvant atteindre 88 centimètres au cours de ce siècle.
En raison de l'intrusion de l'eau salée dans les sols sous-jacents aux cultures et de la submersion temporaire ou permanente, cette élévation affectera environ 30% des terres agricoles du globe [3]. Si le Centre Hadley ne se trompe pas, les conséquences en seront évidemment épouvantables. La fonte des calottes glaciaires de l'Antarctique secondaire, de l'Arctique, et en particulier du Grœnland, qui se produit beaucoup plus rapidement que ne l'avait prédit l'IPCC, est également très préoccupante.
Entre autres choses, elle va réduire la salinité des océans, ce qui affaiblira, voire détournera les courants océaniques comme le Gulf Stream de leur trajet actuel [4]. S'il devait se poursuivre, ce processus aboutirait à rendre glaciales des zones jouissant actuellement d'un climat tempéré, comme l'Europe du Nord, qui pourrait finir par ressembler au Labrador, situé à la même latitude. Ironiquement, le réchauffement planétaire pourrait donc conduire à un refroidissement local ou régional.
Comme si tout cela n'était pas déjà suffisamment alarmant, nous devons savoir que même si nous cessions demain de bréler des combustibles fossiles, la planète continuerait à se réchauffer pendant au moins 150 ans, période pendant laquelle le dioxyde de carbone, le gaz à effet de serre le plus important, persiste dans l'atmosphère, alors que les océans continueront à se réchauffer pendant au moins mille ans. Tout ce que nous pouvons faire, c'est prendre les mesures drastiques nécessaires pour ralentir le processus de réchauffement afin que, lorsque le climat finira par se stabiliser, la planète reste habitable, en partie du moins.
Malheureusement, le changement climatique est plus rapide que prévu. En témoignent entre autres choses les sécheresses prolongées qui ont sévi dans de nombreuses régions du globe. Après quatre années de sécheresse dans la majeure partie de l'Afrique, de 30 à 40 millions de personnes ont été touchées par la famine.
En même temps, la sécheresse qui frappe les principaux greniers de la planète - plaines canadiennes, régions à blé d'Amérique du Nord et d'Australie - va réduire considérablement les exportations de céréales, ce qui n'est guère encourageant pour les populations d'Afrique et d'ailleurs qui souffrent de la faim.
Le climat a aussi connu de fortes sautes d'humeur en Europe. On s'attend à ce que les inondations qui ont eu lieu en Allemagne en 2002 coétent au moins 13 milliards d'euros. Les terribles tempêtes qui se sont abattues sur le nord de l'Italie en 2002 également, avec des grêlons gros comme des balles de tennis, ont détruit les cultures sur une vaste zone. La sécheresse dans le sud de l'Europe a aussi réduit radicalement les récoltes. J'ai parcouru les immenses oliveraies de la région de Foggia, dans le sud de l'Italie, sans voir une seule olive.
Pis encore, le sud de la Sicile serait en train de devenir aride. Enfin, l'Europe vient de traverser un été caniculaire. La France a été particulièrement touchée ; les autorités sanitaires imputent aux chaleurs exceptionnelles plus de 13 000 supplémentaires , principalement des personnes âgées, par raport aux moyennes des années précédentes.
Nous ne devons pas perdre de vue que tout cela résulte (en partie au moins) d'une élévation de la température planétaire ne dépassant pas 0,7º. Que se passera-t-il quand il nous faudra cultiver la terre dans un monde dont la température moyenne se sera élevée de 2 ou 3 degrés, sans parler des 5 à 8 degrés d'augmentation auxquels on pourrait assister d'ici à la fin du siècle ?
Emissions de protoxyde d'azote et de méthane
Toutes ces constatations montrent à l'évidence que le changement climatique, ou plutôt ses différentes manifestations, seront les contraintes les plus importantes qui pèseront sur notre capacité de nous nourrir dans les prochaines décennies. Nous ne pouvons pas attendre les bras croisés que la situation empire. Nous devons faire notre possible pour transformer notre système de production alimentaire afin qu'il aide à combattre le réchauffement planétaire et, en même temps, à nous nourrir dans des conditions, presque certainement, bien moins favorables.
Le terme transformation est tout à fait approprié, l'agriculture industrielle moderne, par sa nature même, contribuant nécessairement pour une large part à l'émission de gaz à effet de serre. Elle est actuellement responsable de 25% des émissions de dioxyde de carbone, de 60% des émissions de méthane et de 80% de celles de péroxyde d'azote, tous des gaz à effet de serre important [5].
Le péroxyde d'azote est produit par l'action dans le sol de bactéries dénitrifiantes lorsque les terres sont converties à l'agriculture. Quand les forêts tropicales sont converties en pâturages, les émissions de péroxyde d'azote sont multipliées par trois. Dans l'ensemble, la conversion des terres provoque le dégagement d'environ un demi-million de tonnes par an d'azote sous la forme de péroxyde. Le péroxyde d'azote est un gaz à effet de serre environ 200 fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Heureusement que la concentration atmosphérique de ce gaz est 1 000 fois moins importante que celle du gaz carbonique - 0,31 ppmv contre 365 ppmv.
Les engrais azotés sont une autre source importante de protoxyde d'azote. Quelque 70 millions de tonnes d'azote sont chaque année épandues sur les cultures ; elles représentent 10% du total annuel d'émissions de protozyde d'azote, qui est de 22 millions de tonnes. L'épandage d'engrais augmentant substantiellement, surtout dans les pays en développement, les émissions de protoxyde d'azote dues à l'agriculture risquent de doubler au cours des 30 prochaines années [6].
Aux Pays-Bas, où se pratique l'agriculture la plus intensive au monde, 580 kg/h d'azote sous la forme de nitrates ou de sels d'ammonium sont épandus chaque année comme engrais et au moins 10% de cet azote repart immédiatement dans l'atmosphère, sous forme soit d'ammoniaque, soit de péroxyde d'azote [7].
Le développement de l'agriculture entraîne aussi un accroissement des émissions de méthane. Au cours des dernières décennies, on a assisté à une augmentation substantielle du cheptel, surtout du bétail, augmentation rendue possible en grande partie par la conversion des forêts tropicales en pâturages. Le bétail émet de grandes quantités de méthane et la destruction des forêts afin de pratiquer l'élevage entraîne donc une augmentation des émissions de deux des principaux gaz à effet de serre.
Le méthane émis par le bétail s'élève à environ 70 millions de tonnes pour l'ensemble du monde. Avec les méthodes modernes de production, l'alimentation du bétail est de plus en plus protéinée, surtout quand il est élevé en batterie. Il émet alors du méthane en quantités bien plus importantes que le bétail nourri d'herbe. La fertilisation des pâturages à l'aide d'engrais azotés diminue l'absorption de méthane tout en augmentant la production de protozyde d'azote, accroissant ainsi la concentration atmosphérique de ces deux gaz [8].
L'expansion des rizières a également augmenté de façon importante les émissions de méthane. Le riz alimenté en eau par les pluies en produit beaucoup moins que le riz inondé fertilisé avec des engrais azotés. Là encore, la modernisation de l'agriculture augmente les émissions de méthane ainsi que celles d'azote.
Consommation énergétique
Les composantes de l'agriculture industrielle moderne les plus gourmandes en énergie sont la production d'engrais azotés, les machines agricoles et l'irrigation par pompage. Elles représentent plus de 90% de toute l'énergie consommée directement ou indirectement par l'agriculture et en constituent toutes des éléments essentiels.
Les émissions de carbone provenant de l'utilisation de combustibles fossiles à des fins agricoles en Angleterre et en Allemagne atteignent respectivement 0,046 et 0,053 tonne à l'hectare alors qu'elles ne sont que de 0,007 tonne, soit environ sept fois moindres, dans les systèmes agricoles non mécanisés [9].
Cela concorde avec l'estimation faite par Pretty et Ball [10], selon laquelle la production de céréales ou de légumes dans l'agriculture moderne exige de 6 à 10 fois plus d'énergie qu'au moyen de méthodes agricoles durables.
On peut arguer que l'adoption de sources d'énergie renouvelable, comme les énergies éolienne et solaire, celle des vagues et les piles à combustible permettrait d'éviter de réduire la consommation d'énergie pour protéger notre climat. Cette substitution nécessaire exigera cependant plusieurs décennies - d'aucuns pensent une cinquantaine d'années.
Une réduction radicale des émissions de gaz à effet de serre est pourtant immédiatement indispensable si l'on en croit le Centre Hadley, selon lequel, dans moins de 30 ans, le réchauffement sera suffisant pour transformer nos principaux puits de carbone et de méthane (forêts, océans et sols) en sources de ces gaz à effet de serre. Si cela arrivait, nous serions pris dans un processus d'emballement, une réaction en chaîne impossible à arrêter, conduisant à une accélération du réchauffement et de l'augmentation de l'instabilité climatique.
Nous devons donc développer un système agricole qui ne suscite pas ces terribles problèmes et contribue au contraire à revitaliser et reconstituer les ressources du sol. Comme cela ne manquera pas de surprendre ceux qui sont imprégnés de l'idéologie du progrès, un tel système aurait beaucoup en commun avec ceux jadis mis en pratique par nos lointains ancêtres et toujours appliqués dans les parties les plus reculées du tiers monde, qui ont réussi à rester, dans une certaine mesure du moins, en-dehors de l'orbite du système industriel.
Peut-être ne sont-ils pas économiques selon les critères d'une société industrielle aberrante et nécessairement éphémère, mais ce sont les seuls conçus pour nourrir les populations locales de manière vraiment durable. Il est significatif à cet égard que les autorités les plus respectées en matière d'agriculture durable, parmi lesquelles Jules Pretty, Miguel Altieri et bien d'autres, usent de plus en plus de l'expression agriculture durable comme synonyme d' agriculture traditionnelle.
Si l'agriculture traditionnelle est la solution, on est fondé à se demander pourquoi les gouvernements et les organismes internationaux tiennent tant à empêcher qu'elle soit pratiquée et à lui substituer l'agriculture industrielle moderne. La réponse est que l'agriculture traditionnelle est incompatible avec le processus de développement que nous imposons aux populations du tiers monde, encore moins avec l'économie mondialisée et surtout pas avec les intérêts à court terme des transnationales qui la dominent.
Cela ressort clairement des passages suivants de deux rapports de la Banque mondiale. Dans le premier, au sujet du développement de la Papouasie-Nouvelle Guinée, la Banque mondiale reconnaît que « une des caractéristiques de l'agriculture de subsistance de Papouasie-Nouvelle Guinée est sa richesse relative». De fait, « dans la majeure partie du pays, une nature généreuse produit assez pour se nourrir avec relativement peu d'effort » [10].
Pourquoi alors changer ? La réponse est nette : « Tant que le mode de vie d'un nombre suffisant de paysans pratiquant une agriculture de subsistance ne sera pas transformé par l'augmentation de nouveaux besoins de consommation, cette contrainte risque de rendre difficile l'introduction de nouvelles cultures » [11] - celles requises pour une production à grande échelle destinée à l'exportation, évidemment.
Même dans l'inique rapport Berg de la Banque mondiale, on admet que les petits agriculteurs sont de remarquables gestionnaires de leurs ressources - terre, capital, engrais et eau [12]. Mais dans le même rapport, on estime également que la prépondérance de ce type d'agriculture (ou production de subsistance) « fait obstacle au développement agricole. Les paysans doivent être incités à produire pour le marché, à adopter de nouvelles cultures et à prendre des nouvelles risques » [13].
Que cela nous plaise ou non, l'agriculture industrielle moderne est appelée à disparaître. Elle se révèle de moins en moins efficace. Ainsi, les engrais chimiques ont maintenant des rendements décroissants. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a reconnu en 1997 que les rendements de la culture du blé au Mexique et aux Etats-Unis n'ont pas augmenté en 13 ans. En 1999, la production mondiale de blé a en fait diminué pour la deuxième année consécutive, tombant à 589 millions de tonnes, soit 2% de moins qu'en 1998. Les engrais coûtent trop cher et, comme le dit McKenney,
« la santé biologique du sol a été tellement appauvrie pour améliorer rapidement et facilement la fertilité que la productivité est maintenant menacée et que les engrais sont de moins en moins efficaces. » [14]
C'est le cas aussi des pesticides. Mauvaises herbes, champignons, insectes et autres ravageurs potentiels possèdent un pouvoir d'adaptation stupéfiant. Cinq cents espèces d'insectes sont déjà devenues génétiquement résistants aux pesticides, ainsi que 150 maladies végétales, 133 sortes de mauvaises herbes et 70 espèces de champignons.
La réaction consiste aujourd'hui à épandre des poisons encore plus puissants et plus onéreux, qui reviennent à 8 milliards de dollars par an aux Etats-Unis, sans compter le coét de l'épandage [15]. Les agriculteurs sont en train de perdre la bataille : les nuisibles survivent à l'assaut chimique, les agriculteurs, non. Ils sont de plus en plus nombreux à quitter la campagne et la situation va considérablement empirer.
On assiste actuellement à l'introduction forcée des plantes génétiquement modifiées par les organismes internationaux en collusion avec les gouvernements sous l'effet des énormes pressions exercées par la puissante industrie biotechnologique. Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, les OGM n'accroissent pas les rendements. Ils exigent également de plus grandes quantités d'intrants, y compris de pesticides, dont ils sont censées réduire l'usage de manière significative, ainsi qu'une irrigation plus importante.
Les fondements scientifiques sur lesquels ils reposent sont gravement erronés. Personne ne sait avec certitude quelles seront les conséquences du transfert, au moyen d'une technique très rudimentaire, d'un gène spécifique dans le génome d'un être vivant très différent. Des surprises nous attendent et certaines pourraient faire naître toutes sortes de problèmes insolubles [16].
Une autre raison pour laquelle l'agriculture industrielle est vouée à disparaître, même sans changement climatique, est qu'elle est bien trop vulnérable aux augmentations du prix du pétrole et, plus encore, à sa pénurie.
Si trois millions de personnes ont connu la famine en Corée du Nord ces dernières années, c'est en partie parce que, conséquence de l'effondrement du marché russe qui absorbait la majeure partie de ses exportations, le pays n'a plus les moyens d'importer les grandes quantités de pétrole duquel son agriculture à la soviétique extrêmement mécanisée était devenue totalement dépendante. Ses paysans ont tout simplement oublié comment manier la houe ou pousser une brouette.
Le Royaume-Uni aurait pu connaître une situation tout aussi désastreuse si la grève des transports de l'an 2000 avait duré quelques semaines de plus. Dans une société industrielle, le pétrole est nécessaire aux importations de produits alimentaires de base, pour construire et faire marcher les tracteurs, produire et épandre les engrais et les pesticides, conditionner et transporter les aliments dans les supermarchés - il est difficile d'imaginer système plus vulnérable en temps normal, mais il devient carrément suicidaire de nos jours.
Nous sommes appelés à faire face non seulement à des pénuries temporaires de pétrole dues à des hausses brusques de son prix, mais aussi à une diminution continue de son offre. Par conséquent, le pétrole va devenir de plus en plus cher, jusqu'à ce que seule une minorité de grosses entreprises soient en mesure de l'acheter - des entreprises nord-américaines selon toute probabilité, le secteur pétrolier des Etats-Unis se disposant à faire main basse sur les réserves en déclin rapide. La recherche pétrolière s'est révélée très décevante et la majeure partie du pétrole utilisé aujourd'hui a été découverte il y a une quarantaine d'années.
La région de la mer Caspienne, qui, comme l'espéraient beaucoup de spécialistes, était censée renfermer 200 milliards de barils, n'en représenterait que 25 milliards, et pas plus de 40 ou 50 milliards en tout cas, selon Colin Campbell [17], l'une des principales autorités de l'industrie pétrolière. Ce qui n'est pas beaucoup quand on sait que la consommation annuelle mondiale est de 78 milliards de barils et que cette consommation augmente à une vitesse alarmante.
Les Etats-Unis ont désespérément essayé de réduire leur dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient et y ont réussi dans une certaine mesure, mais les autres sources d'approvisionnement en pétrole s'épuisent plus rapidement que prévu. Il est peu probable, par exemple, que, d'ici à 10 ou 15 ans, l'Iran produise plus de pétrole que n'en exige la satisfaction de ses propres besoins. La production de pays comme l'Angola, le Nigéria, le Vénézuéla et le Mexique commençant elle aussi à baisser, dans 20 ans les Etats-Unis seront en fait encore plus dépendants du Moyen-Orient qu'ils ne le sont maintenant.
Cela explique pourquoi l'industrie pétrolière américaine, qui est maintenant le gouvernement des Etats-Unis, se montre si fanatiquement déterminée à conquérir l'Iraq, en possession de 11% des réserves mondiales connues, dont une fraction seulement est exploitée et dont le pétrole reste le moins cher du monde. Les conséquences de la crise pétrolière mondiale à venir ne doivent en aucun cas être sous-estimées.
La protection du sol
C'est par la libération dans l'atmosphère du carbone renfermé par le sol que l'agriculture industrielle intensive contribue surtout aux émissions de gaz carbonique [18]. Sont en particulier responsables des pratiques telles que :
- la déforestation et le drainage des zones humides et des tourbières pour augmenter les surfaces cultivables et d'élevage,
- le labourage profond, qui expose le sol aux éléments et provoque une érosion désastreuse quand il est pratiqué sur des terrains en pente,
- l'utilisation de machines agricoles lourdes, qui rend le sol compact en éliminant les pores permettant la circulation de l'air et de l'eau ainsi que le passage des racines et des micro-organismes,
- à la place des engrais naturels, le recours aux engrais chimiques qui détruisent la structure du sol et tuent donc les organismes qui y vivent,
- l'utilisation de pesticides, dont certains produisent exactement le même effet, comme l'avait déjà montré Rachel Carson19 en 1962,
- le surpâturage, qui entraîne partout la dégradation des sols et la désertification, de manière générale, la monoculture intensive à grande échelle du blé, du maïs, etc., répétée chaque année, qui finit par transformer le sol en un substrat inerte pareil à de la poussière, pour des cultures qui ne peuvent parvenir à maturité qu'avec des doses croissantes d'engrais artificiels et autres intrants.
Le moyen le plus évident pour empêcher la dégradation des sols et accroître au contraire la quantité de matière organique qu'il contient, consiste à utiliser du fumier, du compost, des paillis et autres couvertures (écorce, par exemple) que l'on peut restituer au sol. Ils le protègent de l'érosion, de la dessiccation, des chaleurs excessives, et favorisent la décomposition et la minéralisation des matières organiques [20].
Ils présentent d'autres avantages tels que la réduction des maladies véhiculées par le sol et l'augmentation de la productivité. Selon Jules Pretty [21], dans la République du Niger, l'utilisation de mulchs à base de brindilles et de branchages permet de cultiver des terres jusque-là abandonnées et de produire quelque 450 kg de céréales à l'hectare. Cependant,
Dans la région chaude de savane au nord du Ghana, grâce aux paillis associés au fumier, on produit deux fois plus de maïs et de sorgho qu'avec la quantité équivalente d'azote ajouté sous forme d'engrais inorganique [22].
Pretty cite d'autres exemples de ce genre au Guatemala, dans l'Etat de Santa Catarina au Brésil et ailleurs.
Il est important que le sol soit laissé à découvert le moins longtemps possible. Un couvert végétal, de préférence une légumineuse comme la luzerne, peut être semé en même temps que la céréale ; lorsque cette dernière est moissonnée, le sol reste ainsi protégé tout en étant enrichi.
Un travail du sol superficiel, voire l'absence pure et simple de labour, paraît idéal. Se débarrasser des adventices exige cependant de grandes quantités d'herbicides, qui sont indésirables à plusieurs égards. Le but est d'arriver à l'absence de labour sans utilisation d'herbicides. Si la surface cultivée est réduite, le paillis devrait pouvoir étouffer les mauvaises herbes. Un peu d'ingéniosité nous permettra sans doute de trouver d'autres méthodes pour désherber. Waipuna, une société néo-zélandaise, y parvient en vaporisant de l'eau chaude sur le bord des routes. On retient la chaleur avec une mousse organique composée en partie de lait de coco. C'est apparemment très efficace.
Dans le rapport déjà cité, la FAO affirme que l'absorption de carbone par le sol est maximisée dans un système d'agroforesterie. Elle peut atteindre de 2 à 9 tonnes par an et par hectare23. Si l'agroforesterie était pratiquée partout dans le monde, l'agriculture pourrait apparemment absorber d'ici à dix ans 1,3 Pg de carbone atmosphérique par an. Dans son troisième rapport d'évaluation (2000), l'IPCC conclue également que les meilleurs résultats obtenus par l'agroforesterie le sont en augmentant non seulement la quantité de matière organique contenue dans le sol mais aussi la biomasse ligneuse au-dessus du sol [24].
Le Centre d'agroforesterie national du ministère de l'Agriculture des Etats-Unis a reconnu en l'an 2000 que l'absorption de carbone par l'agroforesterie est particulièrement élevée. Il est favorable à la plantation de taillis en rotation rapide qui, si le bois est brélé à la place de combustible fossile, est doublement bénéfique : séquestration du carbone et substitution énergétique. D'après le Centre, grâce à la plantation de taillis, la quantité de carbone absorbée par le sol peut être augmentée de 6,6 t/h/an avec une rotation de quinze ans et celle contenue par le bois de 12,22 t/h/an.
Associer l'agriculture et la sylviculture résoud bien des problèmes. La vitesse du vent est réduite. En été, la température sous les arbres reste bien inférieure à ce qu'elle est sur les zones à découvert, alors qu'en hiver, elle est plus douce. Planter des arbres dans les champs apporte de l'ombre nécessaire aux plantes et au cheptel.
De plus, sous les arbres l'humidité est supérieure à ce qu'elle est en plein soleil en raison d'une moindre évaporation et d'une meilleure rétention des eaux rendue possible par l'amélioration de la structure du sol. La litière fournie par les arbres constitue un excellent engrais, surtout quand elle est compostée. Les zones boisées jouent en outre un rôle essentiel dans la prévention des inondations, l'eau de pluie emmagasinée sous le sol de la forêt, rendu poreux par les racines des arbres, étant libérée lentement vers les zones découvertes et les rivières, au lieu de l'être brutalement, comme par les terres déboisées [26].
Les régions boisées fournissent aussi de la nourriture, du fourrage ainsi que des teintures végétales, des plantes médicinales et du bois pour dresser des clôtures ou échalasser la vigne, par exemple. Les récoltes fournies par les arbres constituent un supplément ou un substitut appréciable aux récoltes des plantes annuelles. La châtaigne, par exemple, possède une grande valeur nutritionnelle et sa farine sert à faire du pain et des pâtes dans le sud de l'Europe, où l'on plante des châtaigneraies en altitude. Sous les tropiques, les arbres vivaces comme l'arbre à pain, le bananier et le jaquier conservent leur importance et constituent l'essentiel des jardins forestiers javanais et cinghalais.
Bref, les méthodes de culture nécessaires à protéger les ressources inestimables du sol, ce qui est essentiel pour enrayer le changement climatique, offrent de multiples avantages supplémentaires. Elles augmentent la biodiversité des micro-organismes et de la micro-faune du sol. Elles ont un bien meilleur rendement énergétique parce qu'elles sont beaucoup moins dépendantes d'intrants à forte intensité d'énergie.
En ajoutant de la biomasse au sol, elles augmentent la productivité tout en réduisant les coéts, rendant ainsi les fermes bien moins vulnérables aux discontinuités. Enfin, et ce n'est pas le moindre de ces avantages, elles fournissent une nourriture incomparablement plus saine.
Irrigation
Un autre changement essentiel à apporter à notre agriculture actuelle consiste à éliminer progressivement les méthodes d'irrigation permanente. L'irrigation moderne est l'une des composantes les plus consommatrices d'énergie de l'agriculture industrielle. Pimentel estime que lorsqu'elle est fondée sur l'utilisation d'eau extraite à une profondeur supérieure à trente mètres, l'irrigation par pompage exige trois fois plus de combustible fossile pour la production de maïs que, à quantité égale, la même culture alimentée par l'eau de pluie [27].
De plus, comme nous l'avons vu plus haut, la culture du riz, qui nourrit une fraction importante de la population des régions tropicales, donne lieu à des émissions de méthane bien plus importantes quand les rizières sont inondées et traitées avec des engrais artificiels que lorsqu'elles sont alimentées par les pluies et cultivées biologiquement. La raison en est que la submersion des cultures interrompt l'apport d'oxygène au sol, ce qui provoque la décomposition en méthane de la matière organique qu'il renferme [28].
Il faut convenir que l'irrigation permanente moderne est très productive et permet trois récoltes annuelles. De fait, environ 11% des terres cultivées de la planète (250 millions d'hectares en 1994) sont irriguées en permanence et fournissent 40% de la production alimentaire mondiale [29]. Notre dépendance vis-à-vis de l'irrigation permanente est en grande partie due à la culture de variétés - les hybrides de la Révolution verte et maintenant les plantes transgéniques - qui exigent beaucoup plus d'eau, de même qu'elles réclament davantage d'engrais et de pesticides.
Ce n'est pas le cas des variétés traditionnelles, dont certaines sont extrêmement productives et auxquelles les paysans commencent à revenir dans certaines régions de l'Inde. Cette dépendance résulte aussi de l'importance donnée aujourd'hui aux cultures d'exportation gourmandes en eau comme la canne à sucre, l'eucalyptus et, pis encore, le bœuf. Selon Reisner, la production d'une livre de maïs demande de 400 à 800 litres d'eau, alors que celle d'une livre de bœuf en exige près de 35 000, soit de l'ordre de 40 à 80 fois plus [30].
Quoi qu'il en soit, l'agriculture irriguée moderne ne peut être moins durable. La quantité d'eau utilisée pour l'irrigation double tous les vingt ans et représente maintenant presque 70% de la consommation mondiale d'eau, ce qui ne pourra durer beaucoup plus longtemps, avec ou sans changement climatique. Quasiment sans exception, l'irrigation moderne provoque la saturation et la salinisation des sols, surtout sous les tropiques. Lorsque celles-ci se produisent, les terres ne peuvent plus être cultivées - ce qui arrive à un rythme annuel apparemment supérieur à celui des terres mises en irrigation.
Aux Etats-Unis seulement, de 120 à 145 millions d'hectares, soit 10% de toutes les surfaces cultivées, ont déjà été dégradées par la silinisation et des milliers d'hectares, retirés à la culture. L'épuisement des nappes phréatiques a été tout aussi spectaculaire. L'immense aquifère d'Ogallala, qui naguère était jugé pratiquement inépuisable, s'est épuisé au rythme de 12 milliards de m3 par an.
Au fil des ans, il a perdu 325 millards de m3 d'eau, et l'épuisement annuel des aquifères s'élève à au moins 163,6 milliards de m3 pour l'ensemble du monde [31]. Les terres retirées à l'agriculture irriguée deviennent des pâturages de deuxième qualité, qui ne peuvent subvenir aux besoins que d'une partie seulement de la population humaine de la région.
Si l'agriculture par irrigation a fait son temps, c'est aussi parce que plus d'un milliard de personnes souffrent maintenant du manque d'eau dans le monde, et on s'attend à ce que ce chiffre augmente d'une façon dramatique dans les décennies à venir en raison du réchauffement planétaire. Nous ne devons pas oublier que la majeure partie de l'eau qui alimente un grand nombre de rivières et de fleuves de la planète provient de la fonte des glaciers des montagnes où ils prennent leur source. Or, partout dans le monde, les glaciers sont en régression à cause du réchauffement, ce qui signifie que le débit de nombreux cours d'eau va être gravement réduit - jusqu'à 25% dans certains cas, selon Cynthia Rosensweig.
Par ailleurs, comme le fait remarquer Bunyard [32], la quantité d'eau requise pour l'irrigation devra augmenter à mesure que s'éleveront les températures à la surface du globe, en partie à cause de l'évaporation accrue à partir du sol, des réservoirs et des canaux d'irrigation, mais aussi d'une plus forte évapotranspiration des végétaux, en particulier des forêts. La réaction des gouvernements et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est comme d'habitude de transformer le problème en source de profit. En vertu de l'Accord général sur le commerce des services, l'eau est privatisée et, partout où cela se produit, le prix de l'eau double ou triple. Selon Vandana Shiva [33], il a été multiplié par dix dans l'Etat d'Orissa, devenant ainsi inabordable pour les petits paysans.
La seule solution est de renoncer à la culture des plantes exigeant beaucoup d'eau et à l'élevage de bétail pour l'exportation. Nous devons revenir aux variétés traditionnelles des cultures vivrières, dont la plupart se contentent de l'eau de pluie, et aux méthodes traditionnelles de l'irrigation saisonnière et non permanente, qui ne détrempe pas les sols, ne provoque pas de salinisation et autres terribles problèmes causés par les systèmes d'irrigation modernes [34].
Fait révélateur, les paysans du plateau de Malwa, dans l'Etat du Madhya Pradesh, au centre de l'Inde, reviennent aux variétés de blé ne nécessitant pas d'irrigation, qu'ils avaient abandonnées il y a une trentaine d'années sous la pression du gouvernement et des grosses entreprises de l'agroalimentaire.
Certains d'entre eux cultivent une légumineuse à pousse rapide ou une variété de céréale à maturation précoce auxquelles on donne une bonne dose de fumier avant la mousson avant de l'enterrer en labourant. Aucun drainage n'est nécessaire, si bien que la plus grande partie de l'eau de pluie est absorbée par les sols. Aucune de ces cultures ne gêne le blé traditionnel, la variété cultivée ayant de longues racines qui lui permettent de rechercher l'humidité et les éléments nutritifs en profondeur et lui évitent d'entrer en concurrence avec les adventices, des légumineuses pour la plupart.
Lorsque les eaux de la mousson se retirent, le champ est labouré et le blé semé, la rosée de l'hiver garantissant qu'il arrivera à maturité fin février. Cela permet également d'importantes économies sur les intrants, les variétés à haut rendement de la révolution verte exigeant que les mauvaise herbes soient éliminées du fait que, avec leur courtes racines, elles sont incapables d'aller chercher l'humidité en profondeur. Ce retour aux variétés traditionnelles présente d'autres avantages : amélioration de la qualité du sol et réduction de la demande en eau [35].
L'irrigation traditionnelle a été pratiquée pendant des siècles dans tout le sous-continent indien, au Sri Lanka, à Java et ailleurs. Elle est basée sur le captage des eaux de pluie et gérée par les communautés locales de manière extrêmement démocratique, équitable et, inutile de le dire, durable.
Anil Agarwal et Sunita Naraïn racontent que, pendant la sécheresse de 1987 en Inde, des villages éloignés proches de la frontière pakistanaise, qui n'avaient pas encore bénéficié des plans gouvernementaux d'alimentation en eau, n'ont cessé de fournir de l'eau potable aux populations pour la simple raison que leurs systèmes traditionnels de collecte étaient restés intacts. Dans les villages développés, en revanche, on connaissait la soif, car les puits étaient à sec ou l'électricité manquait pour faire fonctionner les pompes, et on dépendait des camions-citernes envoyés de temps à autre par le gouvernement.
Toujours selon Agarwal et Naraïn, Jodpur, la célèbre ville du désert, disposait naguère d'un étonnant système de collecte des eaux qui comprenait 50 citernes, 50 puits à marches (baoli) et 70 puits ordinaires. Les maisons étaient équipées de citernes pour collecter l'eau de pluie à partir du toit.
De plus, les zones de captage environnantes étaient couvertes d'une épaisse forêt où abondaient les animaux sauvages. Aujourd'hui, la forêt a évidemment disparu et les citernes, qui étaient de beaux ouvrages d'art, servent souvent de décharges publiques. Lorsque la modernisation apporta un système d'adduction d'eau, observent Agarwal et Naraïn, les gens « négligeaient leurs systèmes traditionnels et devenaient dépendants du gouvernement » [37] - autre politique qui devrait être inversée.
Les citernes devraient être remises en état et multipliées de toute urgence. En même temps, les communautés doivent s'organiser afin de réapprendre à les gérer comme elles savaient le faire naguère. Il n'y a pas d'autre alternative.
Nourriture de provenance locale
Quelle devrait être la structure du système agricole pour répondre à nos besoins ? La première exigence est de toute évidence qu'il soit extrêmement localisé. Au lieu de produire pour l'exportation, comme les paysans sont contraints de le faire par le FMI et maintenant par l'OMC, ils devraient produire avant tout pour la consommation locale.
L'une des raisons en est que le transport en général représente un huitième de la consommation mondiale de pétrole [38], le transport des produits alimentaires comptant pour une part très importante. L'importation par air, par mer et par la route de produits alimentaires au Royaume-Uni, par exemple, dépasse 83 milliards de tonnes-kilomètres et exige 1,6 milliards de litres de carburant, engendrant l'émission annuel de 4,1 millions de tonnes de dioxyde de carbone [39].
Le transport aérien est le plus exigeant en énergie. A titre indicatif, 127 calories d'énergie (kérosène) sont nécessaires pour transporter 1 calorie de laitue à travers l'Atlantique [40]. Malheureusement, la nourriture est de plus en plus transportée par air plutôt que par mer ; depuis 1980, les importation par fret aérien de fruits et légumes au Royaume-Uni ont été presque multipliées par 4.
La Commission royale de pollution environnementale a estimé que, si les tendances actuelles perdurent, il faut s'attendre à ce que la contribution du transport aérien au réchauffement planétaire d'origine humaine soit multipliée par 5 entre 1992-2050 [41]. Sandaleusement, le gouvernement britannique favorise cette tendance en exemptant les compagnies aériennes de taxes sur les carburants et de TVA. Celles-ci paient le litre de carburant quatre fois moins cher que les autres [42].
La seule solution est la localisation de la production et de la distribution. Selon une étude effectuée en 2001, les émissions de gaz à effet de serre dues au transport des produits alimentaires d'une ferme locale au marché du village sont 650 fois moins importantes que celles entraînées par les produits vendus dans les supermarchés. De plus, ajoute le rapport, « la production locale est un facteur essentiel de la renaissance des régions rurales, les revenus agricoles augmentant considérablement ». La coopération s'intensifie au sein des populations locales et les communautés s'en trouvent revitalisées [43].
La relocalisation de la production alimentaire est indispensable même en l'absence de changement climatique, car c'est seulement en produisant la nourriture localement que les pauvres, surtout dans le tiers monde, peuvent y avoir accès. En réalité, l'une des causes principales de la malnutrition et de la faim dans les pays pauvres tient au manque de terres consacrées à la production de nourriture destinée à la consommation locale.
Entre 50 et 80% des terres agricoles du tiers monde sont vouées aux cultures d'exportation. Les populations locales en sont réduites à cultiver leur nourriture sur des sols rocailleux ou en pente, qui ne tardent pas à s'éroder et à devenir stériles. Urban Jonsson, représentant local de l'UNICEF en Tanzanie explique :
« Lorsque l'économie mondiale et l'économie tanzanienne vont bien, les villageeois vendent une grande partie de leur maïs et de leurs autres aliments de base. Mais lorsque l'économie nationale est en perte de vitesse, la chute du prix des aliments n'incite guère le paysan à vendre. ... alors les villageois ne peuvent faire autrement que de garder leur nourriture et de la consommer eux-mêmes. » [44]
Ils utilisent également la terre auparavant consacrée aux cultures d'exportation pour leur propre consommation. Autrement dit, c'est seulement quand ils ne peuvent pas exporter leurs aliments qu'ils se nourrissent comme il faut.
Autosuffisance relative
Produire la nourriture localement revient en fait à augmenter l'autosuffisance à l'échelon du village, de la région et du pays. Cela implique en outre de stocker les aliments afin de faire face à d'éventuelles situations d'urgence, ce qui, scandaleusement, est aujourd'hui prohibé, l'OMC estimant que l'argent nécessaire est mieux employé pour rembourser les dettes des banques occidentales.
La façon dont les organismes internationaux définissent l'autosuffisance n'a évidemment rien à voir avec celle dont le terme est généralement utilisé, car, selon eux, un pays qui ne produit aucune nourriture peut être considéré malgré tout comme autosuffisant dans la mesure où il est à même de payer ses importations. Ce que nous appelons autosuffisance alimentaire, ils l'appellent « autarcie » et c'est pour eux le plus grand crime dont un pays puisse se rendre coupable, car si elle était adoptée dans le monde entier il n'y aurait plus de commerce international ni d'économie mondiale ni de firmes transnationales, l'économie des pays rendus dépendants du commerce mondial devant être radicalement transformée.
Et c'est là peut-être la raison la majeure pour laquelle l'autarcie ou plutôt l'autosuffisance alimentaire est essentielle - non dans le sens le plus extrême du terme, un certain commerce étant toujours bénéfique, mais ne portant majoritairement que sur les surplus.
Petites fermes
Les fermes approvisionnant le marché local, dans une large mesure autosuffisantes, sont nécessairement de petite taille. Pour survivre, les grandes exploitations agricoles doivent vendre sur le marché mondial, comme elles le font de plus en plus. Qui plus est, pour maximiser les rendements, elles sont contraintes de se mécaniser lourdement, de recourir aux engrais, aux pesticides et à l'irrigation, d'éliminer les haies et les arbres, de pratiquer la monoculture sur de grandes surfaces sans jamais laisser reposer la terre - précisément ce que nous devons éviter, même sans changement climatique.
Les petites exploitations sont également nécessaires parce qu'elles sont beaucoup productives que les grosses. Même la FAO le reconnaît maintenant [45], elle qui a encouragé l'adoption de l'agriculture industrielle dans le monde entier. Ainsi, un de ses rapports montre clairement que les exploitations les plus productives, en Syrie par exemple, sont de l'ordre de 0,5 hectare, de 3 hectares au Mexique, de 6 au Pérou, de moins d'un hectare en Inde et d'un peu moins de 2 au Népal. Dans chacun de ces pays, on a constaté que le rendement diminuait dès qu'on dépassait la taille en question [46].
La forme de production alimentaire la plus productive est sans conteste l'horticulture. Selon Kenneth Mellanby [47], au Royaume-Uni, un jardin potager peut produire jusqu'à 20 tonnes à l'hectare. Fait significatif, pendant la guerre, 40% de la nourriture et des légumes de Grande-Bretagne provenaient d'à peine plus de 120 000 hectares de jardins potagers et de parcelles de terrain diverses. Malheureusement, la plupart étaient situés près des centres urbains et ont depuis été construits. Il est urgent de les remplacer.
L'une des raisons pour laquelle la productivité des petites fermes et des jardins potagers est si élevée tient au fait que, comme le disait toujours le Dr Schumacher, le principal intrant est le soin attentif et aimant que les petits paysans, dont la terre est le seul gagne-pain, prodiguent à leur culture plus volontiers que les gros agriculteurs avant tout soucieux de gagner de l'argent. Ces soins attentifs sont d'autant plus nécessaires en situation de changement climatique.
Diversité de cultures et variétés culturales
Dans un système agricole en grande partie auto-suffisant, localisé et composé pour l'essentiel de petites fermes, on pratique nécessairement une polyculture très diversifiée, avec un grand nombre de variétés culturales. Comme le fait remarquer Peter Rossett, certains paysans sèment souvent entre les lignes d'une culture, utilisant ainsi un espace qui, sinon, serait envahi par des adventices, et associent (ou pratiquent en rotation) culture et élevage [48].
José Lutzenberger, ex-ministre de l'Environnement du Brésil, rapporte que les paysans italiens et allemands qui s'étaient installés dans le sud du Brésil cultivaient des patates douces, des pommes de terre irlandaises, de la canne à sucre, des céréales, des légumes, de la vigne, ainsi que du fourrage vert pour leur bétail, tout en entretenant des vergers et en élevant des poules, des cochons. La production de chaque petite ferme s'élevait à 15 tonnes à l'hectare, incomparablement plus que celle de la monoculture moderne du soja dans la même région, alimentée par les intrants chimiques habituels. Il existe en outre une forte relation synergétique entre les différentes espèces cultivées traditionnellement.
Ainsi, dans un système de polyculture intégrée bien conçu, les premières plantes semées ont tendance à réduire la température du sol et à créer un microclimat convenant aux autres plantes. Les plantes remplissent également des fonctions complémentaires dans le cycle des éléments nutritifs, celles à racines profondes jouant le rôle de pompe qui ramènent vers la surface les sels minéraux qu'elles puisent dans le sous-sol. Les minéraux libérés par la décomposition des plantes annuelles sont récupérés par les plantes vivaces. Les besoins élevés en éléments nutritifs de certaines plantes sont compensés par l'apport au sol de matière organique par d'autres plantes.
Il est ainsi bénéfique de cultiver les céréales en association avec des légumineuses, dont les racines sont plus profondes, ce qui permet une meilleure utilisation des éléments nutritifs et de l'humidité du sol, et possèdent des nodules, qui hébergent des bactéries spécialisées dans la fixation de l'azote.
La diversité culturale joue donc un rôle important dans le métabolisme d'un écosystème agricole traditionnel et contribue par là même à augmenter sa productivité. Cependant, si les petits paysans pratiquent une telle diversité de cultures, ce n'est pas avant tout pour maximiser les rendements, mais pour que ces cultures soient moins vulnérables aux sècheresses, aux inondations et aux épidémies végétales.
Comme l'écrit James Scott, une autorité en matière d'agriculture paysanne, « la tradition locale dans la variété des semences, les techniques et le calendrier des plantations s'est élaborée par tâtonnement au fil des siècles en vue d'assurer les rendements les plus stables compte tenu des circonstances ». Le paysan cherche à éviter l'échec « qui provoquera sa ruine plutôt que de risquer un gros coup » [50], et il y parvient en cultivant des plantes et des variétés très diverses choisies avec soin, en adaptant s'il le faut la composition de son panier aux contraintes changeantes du milieu [51].
Comme, avec le changement climatique, personne ne sait à l'avance quelles espèces et quelles variétés seront capables de résister aux vagues de chaleur, aux inondations, aux sècheresses et aux invasions de ravageurs exotiques prévisibles, il n'a jamais été plus important que maintenant de cultiver une variété de plantes traditionnelles bien choisies.
Inutile de dire qu'un monde désindustrialisé où l'on vit dans des petites villes et des villages et où l'on produit localement la majeure partie de la nourriture et des objets serait largement épargné par la pénurie de pétrole qui s'annonce. Il serait par ailleurs infiniment plus sain et durable ; il y aurait beaucoup moins de pauvreté, de malnutrition et de guerres, la majorité de celles qui ont été menées depuis un demi-siècle l'ayant été pour obtenir l'accès à des marchés et à des ressources dont seule une société industrielle mondialisée a besoin. Enfin, ses activités économiques n'aboutiraient pas à modifier la composition chimique de l'atmosphère, cause de la déstabilisation du climat planétaire.
Appendice : L'élimination des engrais chimiques, solution de multiples problèmes
Toute mesure visant à rapprocher les méthodes agricoles de celles, naturelles, utilisées par les paysans traditionnels apporte des solutions aux nombreux problèmes suscités par le recours aux engrais chimiques. Non seulement leur remplacement par des engrais naturels permettrait de les résoudre, mais il réduirait aussi la contribution de l'agriculture à la déstabilisation du climat de la planète. Examinons certains de ces problèmes :
- Les engrais artificiels réduisent le pouvoir qu'a le sol d'absorber le gaz carbonique en bouleversant ses écosystèmes, ce qui, d'après P. A. Steudler, vaut aussi pour l'absorption du méthane [52].
- Les engrais artificiels sont emportés dans les cours d'eau et les estuaires où ils stimulent fortement la croissance d'algues, qui, en mourant, consomment l'oxygène contenu dans l'eau, asphyxiant ainsi les poissons et les autres habitants des mers et des rivières (eutrophisation) [53].
- Les algues forment souvent d'énormes masses, qui émettent du diméthylsulfure, un produit chimique qui s'oxyde à l'air et forme du dioxyde de soufre, la principale cause des pluies acides [54].
- Les engrais chimiques sont la source la plus importante de la pollution des nappes phréatiques et donc de l'eau potable, celle-ci posant un des plus graves problèmes actuels à l'échelon planétaire.
- Les engrais chimiques augmentent la concentration de nitrates dans les légumes et autres plantes, qui, lorsqu'elle est trop élevée, provoque des problèmes de santé [55].
- Des bactéries transforment les nitrates en nitrites qui se lient à l'hémoglobine et réduisent la capacité du sang à transporter l'oxygène, ce qui provoque souvent de la méthémoglobinémie, une maladie du sang qui affecte les enfants [56].
- Quand ils s'associent à des amines dans l'intestin, les nitrates peuvent se transformer en nitrosamines extrêmement cancérigènes [57].
- Diverses études montrent que la nourriture produite sans engrais artificiels coéte moins cher de différents points de vue. Non seulement les aliments biologiques et cultivés sans engrais chimiques permettent d'échapper aux effets nocifs des résidus de pesticides, des nitrates, des OGM et des additifs utilisés dans la transformation des aliments, mais ils contiennent davantage de vitamines et de sels minéraux.
Les produits de culture bio renferment en outre une gamme et un volume de métabolites végétaux secondaires ou phytonutriments qui augmentent la capacité des plantes à résister aux attaques des ravageurs et des maladies. Qui plus est, des essais ont témoigné d'une nette amélioration de la croissance, de la santé du système reproducteur et de la capacité à se rétablir des maladies des animaux bénéficiant d'une alimentation biologique [58]. - Des études effectuées à l'Institut Obervil en Suisse ont montré que le rendement de la vigne peut être amélioré en maximisant l'épandage de produits azotés mais au prix d'une réduction de leur teneur en sucre qui l'empêche de mérir convenablement. Des études similaires menées par le Centre de recherche en biodynamique suédois ont abouti aux mêmes résultats avec la pomme de terre, dont le rendement peut augmenter de 15% grâce aux pesticides, qui, en revanche, augmentent considérablement les pertes pendant le stockage.
Au Sri Lanka, un paysan traditionnel, Mudiyense Tennakoon, a affirmé que les agriculteurs de son pays n'ont aucune peine à conserver les variétés traditionnelles de riz pendant trois ou quatre ans, alors que les variétés hybrides cultivées à l'aide d'engrais chimiques moisissent en trois mois [59].
La raison en est que les nitrates appliquées à fortes doses accroissent la pression osmotique sur les cellules affectées de la plante, ce qui l'oblige à absorber davantage d'eau. Il n'est donc pas surprenant que le rendement d'une plante cultivée à l'aide de compost soit inférieur de 24%, alors que son poids en matière sèche est supérieur de 23%. Il s'ensuit que les plantes cultivées à l'aide d'engrais artificiels sont beaucoup plus vulnérables aux infestations fongiques, ce qui augmente d'autant les pertes après la récolte. Pour les éviter, on doit utiliser des pesticides toxiques pendant le stockage. - Les études de ce genre montrent à l'évidence que les bénéfices tant vantés obtenus grâce à l'usage des engrais artificiels sont en grande partie illusoires. On ne s'en étonne guère quand on considère que ces engrais n'ont pas été conçus pour fournir une nourriture abondante, saine et bon marché, mais pour servir d'explosifs (TNT). En Irlande du Nord, l'IRA a utilisé régulièrement des bombes à base d'engrais chimiques.
- La Révolution verte imposée au tiers monde par les Etats-Unis a participé avant tout d'une campagne visant à augmenter les ventes d'engrais et maintenir à flot l'industrie des armements après la deuxième guerre mondiale malgré la chute de la demande en armes mortelles. Les variétés à haut rendement de la Révolution verte devraient en fait s'appeler variétés à haute réaction, autrement dit réagissant fortement aux engrais artificiels. Beaucoup de variétés traditionnelles permettent d'obtenir des rendements tout aussi élevés sans l'aide de ces engrais.
De même, la révolution génétique est avant tout le moyen de vendre plus d'herbicides. Quelque 60% des plantes transgéniques commercialisées jusqu'à aujourd'hui ont été conçues pour résister aux herbicides tels que le Round-Up, le produit-vedette de Monsanto, plutôt qu'aux maladies elles-mêmes. Cela a pour effet d'élargir considérablement le marché de ces produits toxiques, maintenant utilisés pour la culture de plantes (soja, betterave, etc.) qui ne les auraient pas tolérés auparavant. Si, comme on peut le penser, le but premier des sociétés de génie génétique est la mainmise sur la production alimentaire mondiale, quel meilleur moyen d'y parvenir ont-elles que d'acquérir la maîtrise des semences dont celle-ci dépend ? - Les engrais chimiques ne sont pas vendus seuls mais avec toute une panoplie qui comprend des semences hybrides, des semences brevetées de plus en plus génétiquement modifiées, des pesticides, de grosses machines agricoles et de l'eau provenant des systèmes modernes d'irrigation permanente, qui tous suscitent des problèmes spécifiques.
- De toute façon, les rendements décroissants des engrais chimiques sont maintenant constatés partout, ce qui signifie qu'ils sont de moins en moins efficaces et économiques. Face aux pénuries d'eau et de pétrole qui s'annoncent, l'usage de ces engrais comme de tous les intrants de l'agriculture moderne perd de plus en plus de son intérêt et décline vite.
Références
| 1 | Centre Hadley, Modelling Climate Change : 1860-2050. Met Office, février 1996. |
| 2 | Peter Bunyard, "Misreading the Models : Danger of Underestimating Climate Change". Numéro spécial de The Ecologist, Vol.29, Nº2, mars / avril 1999, p.75. |
| 3 | Voir IPCC, Third Assessment Report. Cambridge University Press, 1995. |
| 4 | Peter Bunyard, "How Global Warming Could Cause Northern Europe to Freeze". The Ecologist, op. cit. |
| 5 | Peter Bunyard, "Industrial Agriculture - Driving Climate Change". The Ecologist, Vol. 26, Nº6, novembre / décembre 1996, pp.290-8. |
| 6 | Peter Bunyard, Ibid. p.290-8. |
| 7 | Moser, A. et al., "Methane and nitrous oxide fluxes in native fertilised and cultivated grassland". Nature, Vol. 350, mars 1991. |
| 8 | Tebruegge, F., No-tillage visions - protection of soil, water and climate. Institute for Agricultural Engineering, Univ. Justus-Liebig, Giessen, Allemagne, 2000. Smith, P., Powlson, D. S., Glendenning, A. J. et Smith, J. U., Preliminary estimates of potential carbon migration in European soils through no-till farming, Global Change Biology, 4, pp. 679-685, 1998, cité par Corinne Smith, dans L'Ecologiste, Nº7, Vol. 3, juin 2002. |
| 9 | Jules Pretty et Andrew Ball, Agricultural Influences on Carbon Emissions and Sequestration, A Review of Evidence and the Emerging Trading Option. Mars 2001. |
| 10 | C. Payer, World Bank, A Critical Analysis. Monthly Review Press, New York, 1982. |
| 11 | C. Payer, ibid. |
| 12 | Banque mondiale, Accelerated Development in Sub-Saharan Agriculture. Washington, 1982. |
| 13 | Banque mondiale, ibid. |
| 14 | Jason McKenney, "Artificial Fertilizing". in Kimbrell, A., Fatal Harvest, Island Press, 2002. |
| 15 | Ibid. |
| 16 | Voir C. J. Campbell, "Oil and Troubled Waters". Dans Andy McKillop, Final Energy Crisis, Pluto Press, Londres. Gerald Leach, "The Coming Decline of Oil", The Pacific Ecologist, été 2002, Wellington, N.-Z., pp.34-6. |
| 17 | G. J. Campbell, "The Caspian Chimera", dans A. McKillop, ibid. |
| 18 | FAO, Séquestration du carbone terrestre pour une meilleure gestion du sol, Rapport de la FAO 2001, cité par Corinne Smith, L'Ecologiste, Nº7, Vol. 3, juin 2002. |
| 19 | Rachel Carson, Printemps Silencieux, Plon, Paris. |
| 20 | Jules Pretty, Regenerating Agriculture Policies and Practice dor Sustainability and Self-Reliance. Earthscan, Londres, 1995, p.121. |
| 21 | Jules Pretty, ibid. |
| 22 | M. Bonsu, "Organic residues for less erosion and more grain in Ghana", dans M. el Swaify et al., éds., Soil Erosion and Conservation, Soil Conservation Service, Ankery, Iowa. Cité par Jules Pretty, ibid. |
| 23 | FAO, op.cit., 2001. |
| 24 | IPCC, op.cit., 2000. |
| 25 | Pretty et Ball, op.cit. |
| 26 | John C. Farrell, Agroforestry Systems, dans Miguel M. Altieri, Agro Ecology : The Scientific Basis of Alternative Agriculture. University of California, Berkeley, 1985. |
| 27 | David Pimental, Global Climate Change and Agriculture. College of Agriculture and Life Sciences, Université Cornell, 1998. |
| 28 | Cynthia Rosenweig et David Hillel, Climate Change and the Global Harvest : Potential of the Greenhouse Effect on Agriculture. Oxford University Press, 1998, p.29. Cité par Peter Bunyard dans "A Hungrier World", Nº spécial de The Ecologist : The Climate Crisis, Vol.29, Nº2, 1998, p.87. |
| 29 | Martin Briscoe, "Water, the Overtapped Resource". Dans A. Kimbrell, Fatal Harvest, Island Press, 2002, p.87. |
| 30 | Marc Reisner, Cadillac Desert. Penguin Books, 1986, cité par Briscoe, ibid., p.190. |
| 31 | Briscoe, ibid., p.184. |
| 32 | Peter Bunyard, "A Hungrier World", Nº spécial de The Ecologist : "Climate Crisis", Vol. 29, Nº2, 1998, p.89. |
| 33 | Vandana Shiva, Water Wars. India Research Press, New Delhi, 2002. |
| 34 | Voir Edward Goldsmith et Nicholas Hildyard, The Social and Envrionmental Effects of Large Dams. Sierra Club Books, San Francisco, 1984. |
| 35 | Rahul et Jacob Nellithanam, "Return to the Native Seeds". The Ecologist, Vol. 28, Nº1, janvier / février 1998, pp.29-33. |
| 36 | Anil Agarwal et Sunita Narain, "Traditional Systems of Water-Harvesting and Agroforestry". In Geeti Sen, Indigenous Vision - People of India Attitudes to the Environment. India International Centre, Sage Publications, New Delhi, 1992. |
| 37 | Agarwal et Narain, ibid. |
| 38 | Tim Lang et Colin Hines, The New Protectionism : Protecting the Future against Free Trade. Earthscan, 1993. Cité par Andy Jones, Eating Oil / Food Supply in a Changing Climate. Sustain and Elm Farm Research Centre, 2001, p.20. |
| 39 | Andrew Sims et alia, Collision Course : Free Trade's Free Ride on the Global Economy. New Economics Foundation, 2000, cité par Andy Jones, op.cit. |
| 40 | Jones, ibid., p.10. |
| 41 | Chris Hewett, Clean Air : Green Futures, mai / juin 2001. Cité par Andy Jones, p.29, Forum for the Future. |
| 42 | Brendon Sewill, Tax Free Australia, Aviation Environment Federation, déc. 2000. Cité par Jones, p.30. |
| 43 | Andy Jones, version abrégée, Eating Oil, p.43, 2001. |
| 44 | John Madeley, "Does Economic Development Feed People ?". The Ecologist, Vol. 15, Nº 1/2, 1985. |
| 45 | Voir The Ecologist, Nº spécial sur la FAO, Vol. 21, Nº 2, mars-avril 1991. |
| 46 | Rapport de la FAO : 1980 World Census of Agriculture, Census Bulletins. Cité par Vandana Shiva, Yoked to Death, Globalization and Corporate Control of Agriculture, p.13. |
| 47 | Kenneth Mellanby, How to Feed Britain. |
| 48 | Peter Rossett, "What's so Beautiful about Small ?". Food for Life, été 2000. www.futureenet.org/14foodforlife/rossett.htm . |
| 49 | José Lutznberger, communication personnelle. |
| 50 | James Scott, "The Subsistence Ethic". The New Ecologist, Nº3, mai / juin 1978. |
| 51 | A propos de l'extraordinaire aptitude des paysans traditionnels africains à improviser et donc à s'adapter à un milieu changeant, voir Paul Richards, "Cultivation, Knowledge and Performance", dans Mark Hobard, éd., An Anthropological Critique of Development : The Growth of Ignorance. Routledge, Londres, 1986. |
| 52 | P. A. Steudler, R. D. Bowden et alia. "Influence of nitrogen fertilization on methane uptake in temperate forest soils". Nature, septembre 1989, Vol. 341, pp.314-15. |
| 53 | John Ashton et Ron Laura, The Perils of Progress. Zed Books, Londres, 1999. |
| 54 | F. Pearce, "Sea Life Sickened by Urban Pollution". New Scientist, 17 juin 1995, p.4. Cité par Aston et Laura, ibid., p. 38. |
| 55 | Aston et Laura, ibid. |
| 56 | H. D. Junge et S. Handke, "Nitrate in Vegetables : Unavoidable Risk ?". Industrielle Obst und Gemuseverwertung, Vol. 71, Nº 8, pp. 346-8, 1987. |
| 57 | "Fertilizer Risks in the Developing Countries". Nature, 21 juillet 1988, pp.207-208. |
| 58 | Soil Association, Organic farming food quality and human health : A review of evidence, 2001. |
| 59 | Mudiyense Tennakoon, communication personnelle. |




