Teddy Goldsmith
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portrait de Teddy

Interview sur BFM

Edouard Goldsmith a été interviewé sur BFM, mardi 5 janvier 1999, par le journaliste Teddy Follenfant. Voici l'essentiel des propos échangés ...

Texte établi par Thierry Jaccaud.

Follenfant: Vous êtes l'une des figures emblématiques sur la planète entière dans le monde de l'écologie. Vous patronnez, entre autres, le magazine de référence internationale The Ecologist. Vous avez écrit de nombreux livres qui font référence eux aussi et notamment Le défi du XXIe siècle. Dites-moi, vous êtes optimiste pour ce troisième millénaire ?

Goldsmith: Pour moi, la situation est bien plus sérieuse qu'elle ne l'était à notre dernière rencontre. Si vous voulez, nous avons livré le monde aux bons soins des multinationales qui contrôlent maintenant l'économie mondiale que nous avons créée avec le GATT et d'autres accords de ce genre. Et ces gens là n'ont pas les mêmes soucis que nous : les questions sociales écologiques leur sont tout à fait secondaires. Ce que nous avons vu ces dernières années, c'est une énorme augmentation de l'impact de nos activités économiques sur un environnement incapable d'absorber l'impact précédent.

Il y a quand même du progrès, non ?

Non. Pour moi il n'y a pas de progrès. C'est à dire, au contraire, avec la déréglementation qui a lieu actuellement, nous avons vu disparaître à peu près tout les contrôles sur la destruction de la société et de l'environnement. C'est dire qu'il n'y a plus rien en place aujourd'hui, il n'y a plus de lois et même s'il y avait une loi il n'y a pas de mécanisme pour l'appliquer, pour protéger ce qui reste de notre environnement. Les dernières forêts pourraient disparaître, il n'y a rien pour empêcher que les dernières forêts ne disparaissent. Sauf, naturellement, une crise économique qui ferait que ce ne serait plus rentable de les couper.

On peut dire la même chose pour le dernier centimètre d'humus sur notre planète. Vous parliez, avec Antoine Waechter [1], du réchauffement global qui est de très loin le problème le plus sérieux qui nous guette. Tout le monde voit très bien les manifestations de ce réchauffement global qu'il vaudrait mieux appeler la déstabilisation climatique. On a vu ces dernières semaines l'anéantissement de plusieurs pays en Amérique Centrale, ce qui ne s'était jamais vu auparavant : une tempête telle qu'elle a détruit 80% de l'infrastructure de deux pays et peut-être 70 à 80% de leurs cultures tout en emportant une grande partie de leur terre, de leur humus, n'est-ce pas ! On n'a jamais vu ça auparavant !

Alors que faut-il faire ?

Je vais vous dire une chose qui va peut-être vous choquer, je n'essaie pas d'être paradoxal, mais pour moi il faut faire à peut près le contraire de ce que nous faisons, et dans tout les domaines. Si vous prenez n'importe quel problème sur terre aujourd'hui, pour le résoudre il faut faire le contraire de ce que nous faisons. Ce que nous faisons actuellement est ce qui favorise les intérêts des grandes sociétés internationales. Or, malheureusement, il y a un conflit profond entre les intérêts des multinationales et les intérêts de l'humanité et de l'environnement naturel.

La vie économique, pour vous, ce sont de petites structures ?

J'ai fait un livre récemment, sorti en Amérique, intitulé : L'argument contre l'économie mondiale et pour un retour à une économie locale [2]. Plutôt que de créer une économie mondiale dirigée par des multinationales incontrôlables et qui, au contraire, nous contrôlent et contrôlent nos gouvernements, partout au contraire il faut revenir à de petites et moyennes entreprises sur des marchés beaucoup plus restreints, basées dans leur pays d'origine.

C'est seulement de cette façon que l'on peut réduire l'impact de nos activités sur l'environnement. C'est selement de cette façon que l'on peut créer une société qui consomme beaucoup moins d'énergie et qui fonctionne très bien, et qui donc peut réduire l'impact sur le climat. C'est la seule façon de combattre effectivement le chômage qui augmente dans tout les pays du monde sauf en Amérique pour le moment, qui devient dramatique et qui deviendra encore plus dramatique car selon mes collègues [3] et moi qui avons fait ce livre, l'économie mondiale que nous créons pourra fonctionner avec 20% des effectifs.

Nous allons marginaliser 80% de l'humanité, c'est impossible ! Il n'y a qu'à voir un pays comme l'Inde où il y a 700 millions de personnes qui vivent de la terre. Ces gens là qui ont un petit bout de terrain n'ont aucune chance de survie. Ces gens là sont condamnés à se réfugier dans les bidonvilles des grandes villes où il y a déjà un chômage qui atteint 20 ou 30%. C'est une entreprise folle. Nos leaders sont pris dans une entreprise complètement folle qui ne peut mener qu'au désastre, à tous les points de vue.

Notes

1. Interview d'Antoine Waechter, sur BFM lundi 4 janvier, au sujet du changement climatique.
2. The case against the global economy and for a turn toward the local. Sierra Club Books, 1996.
3. Notamment Jeremy Rifkin, qui a publié en France La fin du travail, préface de Michel Rocard. Éditions La Découverte, 1997.
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