Teddy Goldsmith
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Small photograph of Teddy Goldsmith by Oliver Tickell. Licenced for general reproduction with attribution and link / reference to this website.

Climat : une bombe à retardement

Les niveaux de gaz carbonique dans l'atmosphère n'ont jamais été aussi hauts depuis 650 000 ans. [1] Les travaux scientifiques attribuont le réchauffement de la planète aux aclivités humaines se sont multipliés. Leurs previsions sont apocalyptiques. Mais tout reste encore à faire pour éviter l'emballement climatique. Par Teddy Goldsmith.

Publié dans L'Ecologiste n°17, hiver 2005 / 2006.

Nous savons que les orages violents, les ouragans, typhons et cyclones sont de plus en plus frequents et de plus en plus forts. Maintenant qu'ils touchent les pays riches, les dégâts sont plus importants en termes financiers : ils doivent en effet être couverts par les compagnies d'assurances.

Certains disent que ces phénomènes font partie d'un cycle naturel. Toute fois, la majorité des climatologues les attribuent au changement climatique.

Pour Michael Hulme, un climatologue de renom de l'université East Anglia : « Aujourd'hui, le temps qu'il fait se produit dans un environnement artificiel créé par l'homme » ce qui signifie qu'il n'y a plus « de climat purement naturel ». Il note aussi que « les catastrophes liées au climat dans le monde ont coûté la vie à 330 000 personnes dans les années 1990, et occasionné des pertes économiques de 625 milliards de dollars. Soit cinq fois plus de catastrophes climatiques que dans les années 1950, avec des pertes économiques dix fois plus importantes.

Pour le Japon, particulièrement vulnerable aux typhons, l'année dernière a été une année record. Jusqu'alors les experts hésitaient à lier le nombre croissant des cyclones et leur aggravation au réchauffement climatique. Or de nouveaux calculs de l'Association des assureurs britanniques (ABI) ont montré qu'à cause du réchauffement, le coût des typhons au Japon pourrait s'accroître des deux tiers sur les 75 prochaines années. Ce qui implique qu'il pourrait subir des dégâts jusqu'à 3,8 trillions de yen (34 milliards de yens par an au Japon) d'ici 2080 si le réchauffement se poursuit au rythme actuel.

Le 29 juillet 2005, Nick Starling, président de l'ABI, suggérait que les propriétaires auraient à subir une hausse de la couverture d'assurance de 60% d'ici 2080 étant donné que les assureurs luttent pour obtenir un capital suffisant pour se protéger contre les coûts croissants des ouragans, typhons et autres orages violents. Il a déclaré que si rien n'était fait pour réduire les emissions de gaz à effet de serre, leur impact doublerait d'ici 100 ans.

Selon Paul Epstein, directeur associé au Centre for Health in the Global Environment à l'Université de médecine de Harvard, le coût des blessures et des pertes matérielles lié à de violents épisodes climatiques dans le monde était dans les années 1980 de 4 milliards de dollars. Dans les années 1990, ce chiffre atteignait les 40 milliards. Au rythme actuel, il pourrait atteindre 150 milliards de dollars selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).

Ce qui nous arrive est relativement facile à expliquer. A cause de l'évaporation croissante, l'atmosphère est plus humide, ce qui occasionne des pluies plus importantes. De plus, des températures océaniques plus élevées fournissent une énergie suffisante pour provoquer des cyclones et ouragans plus violents et des pluies plus intenses. Des modèles informatiques le confirment, montrant qu'une augmentation d'un demi degré centigrade ajoute 3% à la vitesse du vent.

Le professeur Emanuel du département de recherche océans et climat du Massachusetts Institute of Technology mesure ce phénomène depuis trente ans. Le pouvoir destructeur des ouragans a presque doublé sur cette période. La raison en est que hier, l'eau de mer se réchauffait uniquement à la surface. Lorsqu'un ouragan agitait la surface de l'eau,elle se mélangeait à l'eau froide des profondeurs et ralentissait la croissance de l'orage. Aujourd'hui, l'eau s'est réchauffée en profondeur, ce qui fait que les orages sont plus violents et plus longs. (2)

Ainsi, la leçon de la Nouvelle Orléans est que tout doit être entrepris pour ralentir le changement climatique. Cela ne signifie pas seulement réduire les émissions de combustibles fossiles mais cesser Ia déforestation, étant donné que les forêts recèlent 400 milliards de tonnes de carbone. Cela signifie abandonner l'agriculture industrielle car les écosystèmes du sol contiennent deux fois plus de carbone que l'atmosphere. La machinerie lourde et les produits chimiques disloquent le sol qui, exposé aux éléments, relâche de grandes quantités de carbone dans l'atmosphère.

La deuxième leçon à tirer est que nous devons inverser les migrations actuelles vers les côtes où se trouve la majorité des grandes villes du monde. Il faut également déplacer les usines chimiques et les déchets quel qu'en soit le coût. Il est encore plus important de fermer les centrales nucléaires situées sur les côtes ou le long de fleuves, où la plupart des déchets radioactifs sont stockés. Car le problème est que les centrales nucléaires ont besoin d'être près d'une masse d'eau nécessaire au refroidissement de leurs réacteurs et au rejet de leurs effluents faiblement radjoactifs.

Nous devons nous rendre compte que les catastrophes liées au climat ne peuvent qu'empirer. A cause du réchauffement, le niveau des eaux a commencé à monter. Selon le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), nous pouvons nous attendre au cours de ce siècle à une augmentation de 88 cm du niveau de la mer. Cela suffirait pour affecter 30% des terres arables mondiales par des infiltrations d'eau salée ou des inondations comme à la Nouvelle Orléans. Le GIEC soutient aussi que la température planétaire pourrait augmenter de 5,8 degrés ce siècle. Le centre Hadley prend encore d'autres facteurs en compte. Comme l'influence du changement climatique sur les sols, la végétation et surtout les forêts. On peut alors prévoir une augmentation de 8 degrés de la température moyenne en un siècle.

Depuis, le département de physique d'Oxford avance des augmentations de 11 degrés. On aura alors créé les conditions d'il y a 45 millions d'années, avec un niveau des eaux 150 mètres plus haut. De quoi rendre la vie humaine sur terre impossible.

Notes

1. Selon les scientifiques des dix pays européens participant au projet EPICA (European Project for Ice Coring in Antarctica), dont Thomas Stocker, de I'Institut de Physique de l'Université de Berne (Suisse) in Science, 25 novembre 2005, Vol. 310, n° 5752. p. 1241-1351.
2. Paul Brown. The Guardian, 21 septembre 2005.

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